LaFontanelle garconSalut, je m'appelle Manu*, juste quelques mots sur La Fontanelle...
La Fontanelle m’a appris beaucoup de choses comme à canaliser ma colère, à parler plus correctement (enfin, un tout petit peu plus correctement) et à diminuer le cannabis. Mais j’ai appris aussi que je n’arrive pas à arrêter le cannabis. Au début de mon placement, je me foutais de tout. Par exemple, j’arrivais pété et bourré du week-end, j’insultais les éducs; bref, je ne faisais que de la merde. D’un coup, j’ai eu comme un déclic et pour l’instant, je réussis bien mon placement. J’avais un projet: C’était de partir à la Mobilette (semestre de motivation dans le canton de Vaud); mais j’ai appris que vu mon parcours, ça va être difficile. Là, je m’adresse à ceux qui ont eu un passé vol de scooter, consommation et deal : «Arrêtez vos conneries. Ce n’est pas trop tard.»

 

LaFontanelle garconJ'ai envie de faire passer un message... témoignage de Youri*
Youri a décidé dernièrement de dénoncer trois de ses camarades qui avaient volé une voiture et qui, par leurs agissements, perturbaient la vie au foyer. Le cheminement personnel qu’il a réalisé à la Fontanelle depuis 8 mois n’est pas étranger à ce geste fort. «Au début, je laissais aller. Mais ces trois jeunes ont commencé à menacer les autres. Ils savent que certains sont fragiles, ils les utilisent et ils les font tomber avec eux. Je trouve ça nul. Quand j’ai vu que tout le monde souffrait des agissements de cette bande, et que ça détériorait l’ambiance du groupe, j’ai décidé de les dénoncer à la police. Je n’ai pas eu l’impression d’être une balance, non, car je ne dénonçais pas juste pour les saboter. J’avais une raison de le faire, ça m’atteignait moi aussi. J’ai compris aussi que le boulot des éducateurs était de nous aider. C’était le moment d’agir : en dénonçant, je les aidais à nous aider. Je pense que je suis plus fort dans ma tête grâce à mon séjour à la Fontanelle, et notamment les semaines que j’ai passées au sein de l'entreprise sociale de l'institution. J’y ai gravi les étapes et je suis passé chef d’équipe. Cela m’a aidé à prendre confiance, à m’affirmer, à prendre des décisions, des initiatives, et à me faire respecter tout en aidant les autres dans le travail. J’ai envie de faire passer un message aux autres jeunes de la Fontanelle, et d’ailleurs. On commence par trois semaines sans quitter le foyer, c’est dur, mais il faut prendre sur soi. Une fois cette étape validée, on peut à nouveau sortir, progressivement. Il faut gagner la confiance des éducs. Si les jeunes ne comprennent pas cela, ils devront repartir ailleurs, sur un échec. Et ce sera pire. Donc mon message : il ne faut surtout pas lâcher!»

 

LaFontanelle garconJacky*, 20 ans et 17 mois passés à La Fontanelle
Trois ans après la fin de son placement, il revient sur la manière dont il a vécu cette deuxième étape. «Quand on passe en phase deux, on sent que les choses bougent. C’est une reconnaissance de nos efforts et ça fait vraiment plaisir ! On est très impatient de quitter le foyer, c’est notre seule attente. On imagine que le plus difficile est fait. Mon référent du foyer m’a été d’une grande aide, je me suis senti bien accompagné. Les premiers temps, il est difficile de se trouver plus confronté à la tentation, surtout que l’on retrouve nos anciens amis. Mais les contrôles nous aident à résister. A mon départ du foyer, La Fontanelle est encore intervenue dans ma vie de famille par le biais du référent local et je n’ai pas aimé cette période. Je voulais en finir pour de bon ! Alors très vite j’ai pris un pré-stage d’électricien, tout en sachant que ça ne me plaisait pas. J’ai arrêté et passé un an et demi en « presque rechute » avant de prendre le taureau par les cornes et de trouver un apprentissage de menuisier. Les acquis de la Fontanelle m’ont servi à ce moment-là, et me portent encore maintenant. Aujourd’hui je peux dire que ma réinsertion est réussie : je suis en deuxième année d’apprentissage, je vis avec ma copine et tiens le coup avec mes moyennes, et ça va super bien en famille.»
 

LaFontanelle garconSerge*, 18 ans, en apprentissage depuis un an, après sept mois passés à La Fontanelle: reculer pour mieux sauter
«Sans ce placement je me prenais le mur; il fallait que je passe par-dessus!» Pour y arriver, Serge a su prendre le recul nécessaire : «Au début j’étais très en colère et j’accusais ma mère d’être responsable de mon placement. En réfléchissant, puisqu’on a beaucoup de temps face à soi-même, et en discutant avec les éducateurs, j’ai compris que c’était de ma faute, et que ça ne tenait qu’à moi de ressortir au plus vite!». Prendre du recul, c’est également réapprendre les bases : «on nous contrôle sur l’hygiène, le rangement de la chambre, des choses vraiment basiques. Au camp, tous les gestes comme boire, se laver, deviennent difficiles. Au retour au foyer, on apprécie plus ces choses ! On a aussi un rythme très régulier, je pense pour nous donner des repères.». Finalement reculer c’est aussi se distancer de ses proches : «après 6 semaines sans voir ma copine j’ai eu le déclic, je l’ai choisie elle, elle a été mon pilier.»

 

LaFontanelle garconMalvin* a passé huit mois à La Fontanelle, question-réponse
Durant l’été 2006, Malvin termine son placement à la Fontanelle et il enchaîne avec un apprentissage de vendeur. Aujourd’hui, son CFC en poche, il a décroché une place chez Ochsner Sport à la Chaux-de-Fond. Il habite au Locle avec son amie et s’assume entièrement. Je le remercie d’être venu jusqu’à Martigny au volant de sa voiture pour partager ce coup d’œil dans le rétroviseur et je le félicite pour ce bon bout de chemin parcouru !
Sa mère, Christine, domiciliée au Valais, s’est jointe à nous pour nous donner son point de vue.

Malvin, La Fontanelle, ça évoque quoi pour toi?
Plutôt un mauvais moment de ma vie. Ça a été pénible de me retrouver coupé de mes copains, avec des adultes tout le temps sur mon dos qui m’obligent à respecter des règles strictes. Mais ça représente une étape de ma vie qui m’a permis de retrouver le bon chemin. Je pense que si je n’avais pas été à la Fontanelle, je me serais retrouvé dans une situation critique. Mon placement m’a permis d’y voir plus clair, de me poser, d’avoir une autre vision de la vie et de réaliser que certaines choses n’étaient pas bonnes pour moi.

Qu’est-ce que tu as appris durant ton placement?
J’ai appris que je pouvais faire plein de choses positives par moi-même, que j’étais capable de me débrouiller tout seul. Je me suis remis au travail et j’ai repris les bonnes habitudes. J’appréhendais la sortie de la Fontanelle car c’était l’inconnu. J’ai changé de canton, j’avais peur de repartir dans une mauvaise direction, il fallait retrouver un apprentissage, retourner dans la vie active. 

Comment s’est passée ta sortie?
Vous m’avez bien aidé. C’était quand même la classe car un éducateur m’a amené à Neuchâtel avec toutes mes affaires. J’étais surpris et ça m’a rassuré. J’aurais aimé être suivi encore un peu pour me sentir plus soutenu. J’avais déjà une place d’apprentissage et je suis allé vivre chez mon père, ça s’est bien passé.

Quel conseil peux-tu donner aux jeunes?
Je leur conseille de se fixer un objectif qui les motive à aller de l’avant. Chaque jeune sait qu’il va devoir travailler, se dépatouiller tout seul, qu’il n’y aura pas toujours quelqu’un derrière son dos. A la Fontanelle, j’ai pris conscience que si je voulais avoir une vie agréable et ne pas galérer toute ma vie, il fallait que je m’en donne les moyens. Au début, c’est difficile de se dire ça car la seule envie qu’on a, c’est d’en finir au plus vite.

Ton meilleur souvenir?
J’ai découvert plein de choses. J’ai fait des voyages dans des endroits inconnus, rencontré d’autres gens. Le camp Tunisie, c’était vraiment bien. Le jour où on a dû rester seul au milieu du désert, chacun dans son coin, j’ai eu le temps de réfléchir à ma vie, ça m’a marqué et ça m’a fait du bien.

LaFontanelle femmeCe qu'en dit la maman de Malvin*
Qu’est-ce que ça évoque pour vous La Fontanelle?

Une période difficile. C’est un sentiment d’échec. Quand on est mère, on a un rôle à jouer et un jour, tout vous glisse entre les mains. Ce n’est pas facile de confier son enfant à des inconnus. Il m’a fallu un certain temps pour faire confiance et me sentir soutenue. On a souvent l’impression d’être jugé comme quelqu’un qui n’a pas réussi sa mission de mère, sa mission d’éducation. J’ai apprécié le fait de ne pas le ressentir chez vous. Durant longtemps, ça a été difficile de me dire que mon enfant est placé dans un foyer, que ça n’arrive pas qu’aux autres. Maintenant je me dis que mes enfants m’ont beaucoup appris. Je vois la vie autrement. A un moment donné, il faut avoir l’humilité de passer le flambeau à quelqu’un d’autre, c’est un mal nécessaire. J’ai eu du mal à accepter que Malvin choisisse d’aller vivre chez son père après la Fontanelle, mais j’étais consciente qu’il avait besoin de le faire. J’ai appris à décrocher et à accepter qu’il était adulte et qu’il devait vivre sa vie.

 

LaFontanelle garconCe que Fabian* est devenu après La Fontanelle
J’ai 40 ans, je suis marié avec 4 enfants, je vis à Montreux et suis directeur de travaux dans un bureau d’architecture. J’ai fait mon placement à La Fontanelle de 1990 à 1993.
La Fontanelle a bouleversé ma vie. Si je n’avais pas quitté le Tessin et passé ce temps dans ce foyer, je ne sais pas ce que je serais devenu. Probablement j’aurais fait comme tous mes copains de Locarno qui ont continué et qui ont mal fini. Je n’ai pas connaissance d’un copain de l’époque qui a bien tourné.
Le plus difficile durant le placement, c’est que j’étais quelqu’un de très orgueilleux : il m’a été très difficile de  me soumettre à des règles. J’ai dû passer par une sorte de «brisement»  de mon orgueil, je ne pouvais plus vivre d’une façon égoïste, il a fallu apprendre à vivre en communauté, c’était affreux. C’était un brisement dans un sens très positif..
Le premier souvenir qui me vient à l’esprit quand je pense « Fontanelle », c’est le jour où j’ai fumé mon dernier joint dans la chambre du foyer. J’avais reçu de mes anciens amis une cassette audio dans laquelle il n’y avait pas de ruban, mais de la drogue. Je l’ai fumée, mais je ne me sentais plus à l’aise, je n’étais plus avec mes amis qui consommaient et ça ne me disait plus rien. J’ai fait un petit dessin sur lequel j’ai écrit Stop Drogues, et j’ai tout arrêté.
Avec le recul, je n’ai aucun regret, je pense que d’avoir traversé tout ça m’a fait grandir. Sauf, peut-être, d’avoir fait souffrir mes parents.

 * Prénoms fictifs