L'assemblée générale de la Fontanelle se tiendra le vendredi 3 juin 2016 à Mex dès 18h15. A 19h00, elle sera suivie d'une conférence donnée cette année par François Perraudin, guide de haute montagne, photographe et écrivain, qui abordera le sujet de la gestion du risque, étayé par son expérience personnelle.

 François Perraudin, bourlingueur passionné

Skieur et guide passionné, François Perraudin consacre sa carrière professionnelle à la montagne. Travailleur assidu dès l'adolescence, il poursuit son cursus scolaire jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'ingénieur en sciences naturelles; en glaciologie et en géophysique, histoire de comprendre ces forces terrestres qui on sculpté les hauts sommets, puis le lent travail de sape qui s'obstine à les éroder.

À peine son diplôme acquis, il se laisse prendre par la passion de la photographie et de l'écrit et devient journaliste spécialisé dans les métiers de la montagne. Ses articles, livres et projections audio-visuelles partagent sa curiosité de la vie en montagne, des gens qui l'animent et l'entretiennent. Parcourant sans relâche les vastes horizons de son Valais natal, de la plaine jusqu'au hauts sommets, caméra à l'oeil et bloc-note en poche, il alterne son travail de reporter-photographe avec des semaines en haute montagne, à la corde de ses clients.

François Perraudin est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont 3 livres de référence publiés aux éditions Slatkine: «La Haute Route»(2004) «Sentiers valaisans» (2007) et «La haute route à mi-coteau» (2008). «Montagne et philosophie» est le quatrième ouvrage de cette collection enrichie des textes de François-Xavier Putallaz, publié fin 2012.

"La gestion du risque, partage d'une expérience"

François Perraudin partagera la voie qu'il a trouvée au quotidien dans l'exercice de ses métiers, entre la précaution et le risque. Comment appréhender le principe de précaution? Actuellement plébiscité dans notre société averse au risque au point d'en être complètement intolérante et de se nourrir des illusions de l'existence d'un risque zéro, l'utilisation du principe de précaution est-il pertinent en toute situation? Un environnement sans aucun danger est-il souhaitable?

L'exposé sera agrémenté de superbes photographies pour prendre le recul nécessaire vis-à-vis de ce thème complexe.

Conférence ouverte au public
Vendredi 3 juin 2016 dès 19h00 à Mex, à la salle de la Corniche.

 

Compte-rendu de la conférence de Antonia Bachero et Pierre Trivero

LaFontanelle ABachero PTriveroLES JEUNES D'AUJOURD'HUI NE SONT PAS DES MUTANTS

Mieux comprendre la nouvelle génération

Hyperconnectée, la jeunesse des années 2000 laisse souvent les adultes démunis. Les méthodes d’éducation traditionnelles ne fonctionnent plus. Invités dans le cadre de l’assemblée générale de la Fontanelle, Antonia Bachero et Pierre Trivero, consultants et formateurs expérimentés, posent quelques jalons pour mieux comprendre cette nouvelle génération.

Pierre et Antonia, brossez-nous un rapide portrait de cette nouvelle jeunesse qui regroupe selon vos observations les générations Y et C.  

Ce sont des jeunes vifs, agiles, très logiques, capables de décider très vite mais souvent sans suffisamment réfléchir. C’est la conséquence d’être nés avec un i-pod dans les mains. Ils sont précoces intellectuellement, mais leur maturité est par contre plus tardive. Cette génération fait preuve d’une grande créativité et se montre très puissante psychologiquement : les jeunes défendent leur cause avec force et endurance, ils ne lâchent pas. Ils prennent beaucoup de place et ne comprennent pas la hiérarchie telle qu’on la conçoit encore, avec ses différents niveaux. Ils ne la respectent pas car, pour eux, elle n’est pas efficace. Pour obtenir une réponse, ils frapperont, par exemple, directement à la porte du directeur sans passer par la case « enseignants ».

Concrètement, en quoi être « nés avec un i-pod dans les mains » influence le fonctionnement de leur cerveau et leur manière de penser, d'agir?
Il est évident que ces nouveaux comportements produisent chez les jeunes des modifications au niveau cérébral. Cette connexion quasi permanente écran-clavier (oeil-pouce) développe, voire surentraîne, des circuits permettant des décisions rapides, en lien avec les émotions. La réaction est quasi automatique. Le bémol est que ce "TGV Cérébral" ne permet plus assez de raisonnement avant de décider. Ces jeunes sont embarqués dans une sorte de toboggan les amenant parfois à des décisions peu logiques, voire absurdes.

Faut-il en avoir peur ?
Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas des mutants, mais par la mondialisation et par la fréquentation d’internet dès leur plus jeune âge, ils ont juste vu ou acquis des modèles différents de ceux de leurs parents. Le problème, c’est qu’ils ne se conduisent pas comme les adultes le faisaient à leur âge, ou comme les parents aimeraient qu’ils se conduisent. Nous les avons pourtant souhaités ainsi. Les générations précédentes se sont battues en ce sens. Ils sont vraiment le résultat d’une éducation voulue et réussie, même s’ils ne sont pas toujours faciles à gérer.

La place que prend internet dans la vie de cette génération est déstabilisant pour les parents, souvent moins versés dans les nouvelles technologies que leur progéniture…
Oui en effet. Si l’on schématise, les générations précédentes étaient formées par l’école, la famille et la rue. Aujourd’hui, la nouvelle génération est éduquée par l’école, la famille, la rue et internet, et parfois, internet prend la première place. Les jeunes surfent en étant physiquement dans leur chambre, mais en réalité ils sont partout dans le monde via le web. Le problème pour les parents, c’est qu’ils peuvent contrôler le temps horaire passé sur la toile, mais pas le contenu. Il faut donc les mettre en garde et les amener à prendre de la distance par rapport à cet outil. Il ne faut toutefois pas priver totalement l’enfant de son i-phone ou d’internet, car pour le jeune qui est régulièrement connecté, le risque est grand qu’il ne s’exprime plus, ne communique plus, de peur d’en être privé à nouveau.

Comment accompagner ces jeunes alors pour les aider au mieux dans leur développement?
Les parents doivent déjà s’intéresser aux technologies afin de garder le lien.  Ensuite, l’éducation et l’enseignement doivent évoluer. Les valeurs ne s’inculquent plus de la même façon, le système de punition/récompense ne fonctionne plus. C’est un levier éducatif que les parents ou les professionnels perdent. Les jeunes n’accrochent pas, ils ne culpabilisent pas à la morale un peu traditionnelle des adultes. Il faut trouver d’autres moyens. Cette génération a surtout besoin de plus d’intériorité, de temps de pause, de prise de recul. L'école a un rôle important à jouer à ce niveau-là et doit proposer des activités d'introspection, de réflexion, de relaxation, comme le dessin ou la musique... Les « C » ont facilement accès à la connaissance grâce au web, mais les enseignants sont là pour les faire réfléchir, prendre du recul.

Vous disiez que le système de punition/récompenses ne fonctionne plus. Que proposez-vous à la place?
L’éducation a toujours porté sur deux composantes : le carré, c’est-à-dire l’imposition d’un cadre, de règles, d’une exigence, d’une autorité, d’une certaine fermeté, et le rond, c’est-à-dire savoir écouter, offrir de la bienveillance, de la chaleur, de la convivialité. L’essentiel est de trouver le bon équilibre, amener la bonne dose de carré et de rond. L’enfant est très logique et rapide : plus on va mettre du carré, moins ça va marcher.
Attention aussi à ne pas confondre besoins et valeurs. Il s’agit d’un besoin lorsque le comportement de l’autre produit sur nous un effet concret visible, comme une perte de temps, une contrainte. Il s’agit d’une valeur lorsque le comportement d’autrui provoque seulement un ressenti désagréable. Il faut être exigeant sur les besoins, et donner envie pour les valeurs. Et non l’inverse. Les parents préfèrent, par exemple, ranger eux-mêmes le scooter de leur fils qui bloque l’entrée du garage afin de lui laisser le temps de faire ses devoirs. C’est faux. Ranger ce scooter est un besoin. Le jeune doit comprendre le besoin des autres, c’est ainsi qu’il se socialise.

Mais comment alors donner envie à l’enfant?
Les parents doivent se faire « embaucher » par leur progéniture, sinon ils vont droit dans le mur. Naturellement, les enfants « embauchent » leurs parents, mais si ces derniers mettent trop de limites, trop d’exigence, ils les « licencient ». Pour être « embauchés », les parents doivent apprécier l’enfant, l’écouter et être crédibles. L’enfant respecte l’adulte qui le respecte et qui sait se respecter lui-même. Le carré ne peut être mis que s’il y a des ronds. Autrement dit, plus je suis bienveillant, plus je peux être exigeant. Instaurer des moments de qualité plaisants avec l’enfant, et des rituels d’attachement – la lecture d’un livre avant le coucher par exemple - aident également à se faire « embaucher » ou à conserver cette « embauche ». Si ces rituels d’attachement viennent à manquer, le jeune ira les chercher ailleurs.

De la génération silencieuse à la génération « C »
Chaque génération hérite des caractéristiques et des aspirations de la génération précédente, tout en poursuivant sa propre évolution. Pour comprendre le fonctionnement des adolescents d’aujourd’hui, autrement dit la nouvelle génération « C » - « C » pour « Communication, Créativité, Connexion » -, Pierre Trivero et Antonia Bachero remontent à la génération d’avant-guerre, celle que l’on nomme « la silencieuse », en raison de son attachement à des valeurs telles que le respect ou l’autorité. Elle a donné naissance aux fameux «babyboomers» (1942-1960) dont l’héritage pour le XXème siècle est important. Ils ont bousculé la société en demandant plus de libertés (liberté de la presse, libertés politiques, religieuses, sexuelles etc.) Un de leurs apports essentiels consiste en l’affirmation que le bébé est une personne, ce qui influence la place de l’enfant dans la famille.
Les babyboomers ont engendré la génération X, jugée plus anonyme. Les femmes de cette époque vont toutefois commencer à travailler, ce qui va bousculer le noyau familial. Par ailleurs, le bébé est choisi, désiré ; on veut qu’il soit heureux, ce qui modifie également la relation parents/enfant.
Vient ensuite la génération Y, née au début des années 1980 avec le Sida, l’informatique. Sensibilisée à l’écologie, elle ne veut plus posséder mais avoir accès. Le principal n’est pas d’avoir un bien, mais de pouvoir l’utiliser à sa guise, ce qui favorise par exemple le co-voiturage, l’échange d’appartements. Cela crée une économie parallèle, collaborative, et déstabilise l’économie mondiale. Pour elle, le bonheur est un dû, une finalité.
La génération Z ou C, dont les premiers représentants ont une quinzaine d’années, est le résultat de toute cette évolution. En plus du profil de la génération Y, les « C »  sont nés dans un monde très connecté ; ils sont donc précoces et hyper-rapides dans la prise de décision, au détriment de la réflexion.

Propos recueillis par Joanna Vanay, vice-présidente du comité, lors de la conférence donnée à la suite de l'assemblée générale 2015 de La Fontanelle.
Interview paru en juin 2015, dans la publication « Echo de La Fontanelle »


 

Compte-rendu de la conférence de Guy Mettan

LaFontanelle-GuyMettanSOCIAL ET MEDIA, UNE RELATION IMPOSSIBLE

Les institutions sociales et les médias sont-ils compatibles ? « Non », répond Guy Mettan, directeur du Club Suisse de la Presse. L’ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève était l’invité de La Fontanelle le 23 mai 2014, à l’occasion de son assemblée générale.

Pour le journaliste, les relations entre la presse et le social relèvent de l’impossible. L’urgence des médias, leur soif d’inédit ou de scandale, s’opposent au travail et aux objectifs axés sur le long terme des institutions. Les premiers ne peuvent éviter une communication de surface pour répondre aux attentes de leurs lecteurs ou auditeurs alors que les seconds recherchent une communication en profondeur. Pour ces dernières, il y a pourtant une nécessité de parler de leur mission souvent mal comprise par le grand public. Malheureusement, la seule occasion de sortir de l’ombre médiatique est de vivre une crise, avec le risque ensuite d’une surexposition.

 Séduit par ce regard incisif et critique de la presse, l’auditoire a écouté les conseils de Guy Mettan qui a expliqué les lois qui régissent l’environnement des médias :
- la loi de l’immédiateté implique qu’une information doit être récente pour être médiatiquement intéressante. Avec les réseaux sociaux, le rythme s’est encore accéléré ce qui augmente la pression des journalistes ;
- la loi du secret cherche à tirer profit d’une information confidentielle. Frappez votre information du sceau de la confidentialité et les médias seront à vos trousses ;  
- la loi du scandale maximal amène à chercher l’événement le plus scandaleux ;
- la loi de panurge est ce phénomène étrange qu’une news (y compris d’ailleurs s’il s’agit d’une erreur journalistique) est reprise généralement en boucle par effet moutonnier.

Il suggère aux acteurs du social ou à toute personne qui doit collaborer avec les médias d’avoir des stratégies proactives, d’apprendre à se mettre en valeur, mais aussi de se méfier des journalistes et, en cas de pépin, de reconnaître tout de suite son erreur, s’il y en a. En prenant l’exemple des derniers grands évènements commentés par la presse, il a mis en exergue les positionnements qui ont facilité une bonne communication et ceux au contraire qui ont renforcé la crise.
En conclusion, il relève que les journalistes ne supportent pas quand ils ont l’impression que la réalité est trafiquée. L’authenticité est donc bonne conseillère dans cette collaboration, quitte à contre-attaquer énergiquement – il y a assez de concurrence journalistique pour le faire – pour rétablir la vérité en cas de besoin.

Propos recueillis par Joanna Vanay et André Burgdorfer, à la suite de la conférence donnée lors de l'assemblée générale 2014 de La Fontanelle.