Interview paru partiellement dans l'Echo de décembre 2014

Jonathan a séjourné à La Fontanelle d’avril 2008 à août 2009. Il a participé aux différents camps de la structure, fait ses trois phases du programme au foyer et avec Ludovic Vayssière, son éducateur référent à l'époque, il revient sur cette étape importante de sa vie.

Jonathan que deviens-tu ?
Je viens de fêter mes 24 ans, en novembre 2014. Pour l’instant je vis toujours chez mon père car j’ai le désir de poursuivre mes études. J’ai fini depuis août ma formation d’assistant socio-éducatif à l’école de santé sociale de Grange Neuve.

Quelles ont été les raisons de ton placement ?
J’ai été placé pénalement à l’âge de 17 ans jusqu'à presque mes 19 ans à la Fontanelle pour des problèmes familiaux. À cet âge, je vivais des moments de grande révolte liée à l’adolescence et je subissais de mauvaises influences, ce qui a entraîné des dérapages.

Comment as-tu vécu ton entrée à la Fontanelle ?
Au début j’avais des craintes par rapport aux autres jeunes, ainsi que de l’inquiétude face à l’inconnu, ce qui m’a donné envie de porter un masque. J’ai aussi pu donner l’impression de jouer un rôle vis-à-vis des autres jeunes, mais rapidement je me suis dit qu’il fallait que j’avance. Aujourd’hui je pense que mon placement a été vécu à un moment clé de ma vie.

Y a-t-il eu des déclics dans ton cheminement  personnel ?
Il y en a eu plusieurs. Le camp de 7 semaines au Canada a été une étape importante. L’aspect sportif et le moment de rupture ont fait que je ne pouvais plus fuir et m’ont obligé à me confronter à moi-même.  Le manque affectif et l’absence de repères ont été difficiles, mais c’est par la suite j’ai réalisé que ces expériences ont été constructives. Chaque camp m’a aussi permis de fournir des efforts dont je ne me croyais pas capable et m’a mis en contact avec des ressources dans lesquelles je ne croyais pas.
Ensuite,  il y a aussi eu les phases. Elles ont chacune leur utilité : la  première a servi à déconstruire mes représentations et mes repères et m’a donné l’occasion de me repenser. En deuxième phase j’ai pris ma place et me suis senti en sécurité avec un sentiment confortable de stabilité. Et en troisième, j’ai ressenti que mes besoins avaient été suffisamment pris en compte et que j’étais prêt à quitter le foyer dans une sortie accompagnée et guidée.

Quels sont, les émotions, les forces, les souvenirsque tu as vécus dans ton placement et dont tu te sers encore maintenant ?
Sans aucun doute le dépassement de soi. À travers les efforts qu’on nous oblige à faire je me suis rendu compte que j’avais des ressources non exploitées. J’ai vécu petit à petit du concret par le faire et l’expérience. Surtout par : « vivre les expériences ». Les stages m’ont aussi permis de croire en moi et la Fontanelle m’a donné l’envie d’entreprendre.
Avant la Fontanelle, j’avais besoin de toucher le fond pour remonter, mais maintenant je n’en ressens plus le besoin.

Comment s’est passé l’après Fontanelle ?
L’institution m’a sécurisé. Le départ, c’est en même temps génial mais c’est aussi la crainte. Deux semaines après la sortie j’ai vécu un moment déstabilisant ; je me suis donné les moyens de garder un cadre, il a fallu sans cesse que je me réajuste par moi-même car je ne voulais pas anéantir mes progrès et mon bien-être.
J’ai donc fait une préformation  professionnelle de trois mois à Grolley. Puis quelques stages. J’ai ensuite travaillé dans le sanitaire, puis comme paysagiste, chez  Macdonald et comme jeune homme au pair. Puis en 2011 je suis entré en formation d’assistant éducatif, dans un premier temps en milieu psychiatrique, puis dans le milieu du handicap mental par la suite.

Et dans tes relations familiales ?
Il n’y a pas de mot… Aujourd’hui c’est génial, super. Ça m’a pris du temps pour faire évoluer cet aspect de ma vie, c’est en lien avec le travail au foyer mais aussi avec le travail thérapeutique que j’ai fait.

Quels sont tes projets maintenant ?
Actuellement j’économise de l’argent pour partir en stage d’arts martiaux en Chine. Je participe aussi à la création d’un club d’Art Martiaux Mixte. J’apprends le Chinois et l’Anglais pour me préparer à la suite de mes études. J’envisage de faire un Bachelor  Psychosocial à Lausanne ou Fribourg, pour m’investir encore plus ? dans la relation d’aide.

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes de la Fontanelle ?
Surtout ne pas lâcher, que ce que tu fais au foyer a un sens même si tu le constateras plus tard. Les bases se font au foyer, ça donne une structure comme un tuteur pour aider à grandir, mais il faut prendre le temps.

As-tu un message aux accompagnants qui aident les jeunes ?
Gardez l’espoir et la conviction  que les gens changent et qu’ils ont les capacités et les compétences de surmonter leurs difficultés.

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