Interview paru partiellement dans l'Echo de juin 2015

Vanessa a séjourné à La Fontanelle de mars 2010 à mai 2011. Elle revient sur cette expérience


Je vis à Fribourg avec mon père et je suis en 2ème année d’apprentissage CFC d’employée de commerce. Mon copain est électricien de réseau, en formation de 2ème année d’apprentissage, et il est batteur dans un groupe de métal. Aujourd’hui ma vie me plaît bien, mais c’est vrai que j’ai passé par des moments difficiles.

Je suis venue à la Fontanelle via une juge pénale. Je suis arrivée un peu en urgence car je venais de finir l’observation de 3 mois à Transit et ils avaient préconisé que je ne rentre pas chez moi après l’observation. L’arrivée était difficile, j’ai eu un peu de peine mais peu à peu je me suis adaptée. Ce n’était pas évident de m’intégrer auprès des filles, et la relation avec les adultes n’était pas simple au début car je n’avais pas l’habitude de faire les ateliers et ils me reprenaient souvent : certains ateliers me plaisaient plus que d’autre, mais c’est certain que l’atelier poterie ne me motivait pas beaucoup ! J’ai eu la chance de vraiment bien m’entendre avec mon référent Stéphane, même si au début il m’embêtait beaucoup.

Lorsque je suis venue au foyer, je n’avais pas compris ce que j’avais à travailler, le déclic est venu plus tard, notamment pendant le camp Canada. La première image qui me vient à l’esprit quand je pense à la Fontanelle c’est les camps ! On a de la chance de pouvoir faire des choses que les gens paieraient cher pour pouvoir les faire. On s’en souvient , ça ne nous quitte pas. Quand je rencontre de nouvelles personnes, il m’arrive souvent de leur raconter le Canada. Notre groupe de filles a été le dernier à faire le Canada, on a eu de la chance !
Je dis ça aujourd’hui mais c’était dur au début du camp, mais plus j’avançais, plus j’étais à l’aise. Ce qui était dur c’est que j’étais loin de tout, de ma famille et mes amis, j’ai dû apprendre à me débrouiller comme j’ai pu. Je me souviens de la fois où on a chaviré dans les rapides, quel souvenir ! Et la fois où on a vu une aurore boréale, c’était tellement beau ! Lors de notre solo sur l’île, j’avais écrit plusieurs choses, notamment ce fameux poème qui avait été publié dans le journal de la Fontanelle, j’y avais mis des métaphores qui avaient touché pas mal de gens.

Ce que j’ai appris de mon placement, c’est que quoi qu’il se passe, il ne faut pas se laisser abattre, il ne faut jamais abandonner. Il y a eu plusieurs fois où j’ai eu envie de fuguer, de tout abandonner, mais j’ai tenu. Si c’était à refaire, je le referais.
 Ma maman est morte en avril 2012, même pas une année après ma sortie du foyer, et ça a été une épreuve vraiment difficile. J’ai été tentée de me laisser abattre, mais j’ai résisté, j’ai senti une sorte de force en moi et j’ai tenu bon. A ma sortie de la Fontanelle, je suis allée dans un centre Oriph à Yverdon. Au début ça allait, je restais dans ce centre toute la semaine, j’y suis restée deux ans. Les relations avec les jeunes et les adultes se passaient très bien. C’est moi qui ai demandé à rentrer chez moi et ça a été accepté.

Un message aux jeunes placés ? même si c’est dur et pénible, il faut tenir car ça sert à quelque chose, ce n’est pas pour rien. On ne s’en rend pas compte sur le moment, et c’est pour ça que c’est difficile, mais on le réalise plus tard et là on reçoit la récompense de ses efforts.

J’ai un caractère assez rentre-dedans : avant le foyer, je n’en faisais qu’à ma tête mais j’utilisais mon énergie pour les choses négatives, et je n’en trouvais pas pour faire les choses bien. A la sortie du foyer, j’avais réussi à inverser la tendance et mon caractère plutôt carré est devenu une force pour moi.

Propos recueillis par Anne-Marie Cajeux, responsable du foyer des filles

 

 

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