Frédéric, comment vous représentez-vous le masculin à l'heure des revendications féministes ?

Avant toute chose, j’ai eu envie de dire à ces jeunes qu’à titre personnel, je suis perdu sur ces questions de genre, sur ce qu’on attend de moi en tant qu’homme. Dois-je agir ou pas ? Ai-je encore le droit de séduire au risque d’être vu comme un agresseur ? Ai-je le devoir d'être galant envers la gent féminine, au risque qu’on me fasse grief de les inférioriser ? Dois-je être un père ferme tout en étant très présent à la maison ?

 

Nous avons donc essayé de mettre un peu d’ordre ensemble dans toutes ces questions au cours d’un atelier de réflexion et d’écriture. Il s’est agi de mieux comprendre la construction de l’identité pour se libérer des déterminismes psycho-sociologiques à l’aide de la philosophie, de l'analyse d’images et de l’écriture créative. Au-delà des critères biologiques, également remis en question aujourd’hui, la question du genre semble être en redéfinition permanente. Le masculin se détermine de plus en plus en fonction du féminin et vice-versa. L’objectif n’est pas de remplacer le patriarcat par une forme de matriarcat, mais par de l’égalité et de la solidarité.

 

Quel modèle masculin peut encore inspirer les jeunes garçons ?

La métaphysique occidentale traditionnelle s'est forgée par dichotomie, comme si toute chose n'existait que par son contraire (blanc/noir, haut/bas, corps/esprit, masculin/féminin, etc.). Cette perspective rationnelle impose une vision dualiste figée. Pourtant le monde n'est que fluidité et mouvement. Les oppositions rationnelles tranchées s'accordent mal avec cette réalité tout en nuances. Nous devons échapper à tout jugement de valeur voulant que dans une opposition, un des deux termes soit supérieur à l'autre. Sans intérieur, l'extérieur n'aurait pas de sens ; sans sujet, pas d'objet compréhensible ; sans le vide, le plein ne veut rien dire. La signification d'un terme ne se comprend qu'à partir d'un autre dont il se distingue, mais n’est jamais fixée définitivement dans une hiérarchie. Les questions d’identité passent par la culture, et à notre époque, principalement par l’image diffusée dans les médias, les réseaux sociaux ou les jeux vidéo.

Témoignages recueillis par Joanna Vanay
* prénoms fictifs

Conférence du jeudi 6 octobre 2022, 20h00

Tiago, 17 ans

Parfois, je ressens de la pression parce que je suis un homme. Il doit ne pas trop montrer sa sensibilité, il doit être fort, résistant. Ça met la pression, ces stéréotypes. On est un peu jugé là-dessus, alors que ça n’a pas vraiment de sens. J’essaie de ne pas trop y penser, d’être juste moi-même.

Je ne me sens pas toujours libre d’être l’homme que je voudrais. En secondaire, à l’école, j’étais sensible, je n’étais pas très bien vu par les autres, surtout par les autres mecs. Je l’ai caché pendant un moment, mais maintenant je l’assume mieux. Je ne peux pas plaire à tout le monde, c’est plus simple d’être moi-même, et que les autres voient qui je suis vraiment.

Je n’ai pas de personne de référence qui me vient en tête. Juste quelqu’un de respectueux, compréhensif. Certains sportifs m’énervent, parce que des médias en font des modèles, mais c’est impossible d’être comme eux. C’est con de centraliser sur un seul modèle, on est tous différents.

Je me sens parfois obligé d’agir d’une certaine façon parce que je suis un homme. Imaginons que je suis en ville avec des potes filles, je vais me sentir obligé de les défendre… Je sens qu’il y a une attente. Après, d’où vient le fait que je le ferais ? C’est une bonne question.

Léon, 16 ans

Être un homme, c’est quand même une souffrance, on ne va pas se mentir. Les délits, l’argent, les stupéfiants, ce sont des problèmes d’hommes tout ça.

J’aimerais ressembler à deux-trois rappeurs que j’admire. Ils ont une vie de rêve, j’aime leurs personnalités aussi. J’aimerais pas être homosexuel. C’est un modèle qui fâche dans ma culture, c’est pas naturel. Pour moi, être un homme, c’est ramener de l’argent, c’est normal, ce n’est pas une pression. Peut-être que je me sens des fois obligé d’être plutôt ceci, plutôt cela parce que je suis un garçon, mais je n’en ai pas vraiment conscience.

L'ECHO de la fontanelle

Écho n° 64/Réflexion sur la masculinité picture_as_pdf

Écho n° 63/Face à une situation d’abus sexuel picture_as_pdf

Écho n° 62/20 ans du Foyer filles, partage d’expériences picture_as_pdf

Écho n° 61/Justice traditionnelle et/ou restaurative picture_as_pdf

Écho n° 60/L’accueil aux foyers en période Covid picture_as_pdf

Écho n° 59/Adopter une approche holistique de la santé picture_as_pdf

Écho n° 58/Alimentation et maladies mentales picture_as_pdf

Écho n° 57/S’adapter à la génération « moi je » picture_as_pdf

Écho n° 56/La famille 3.0, point de situation picture_as_pdf

Écho n° 55/Soutien aux familles en difficulté picture_as_pdf

Écho n° 54/Cycle de conférences pour le 30e anniversaire de La Fontanelle picture_as_pdf

Écho n° 53/Partage de connaissances à l’occasion du 30e anniversaire picture_as_pdf

Écho n° 52/Troubles du comportement et médication picture_as_pdf

Écho n° 51/S’adapter à la nouvelle génération picture_as_pdf

Écho n° 50/Mieux comprendre la nouvelle génération picture_as_pdf

Écho n° 49/Quels rôles jouent les fêtes traditionnelles picture_as_pdf

Écho n° 48/Les tracas du tabac picture_as_pdf

Écho n° 47/Les étapes de l’insertion picture_as_pdf

Écho n° 46/Éducation et psychiatrie picture_as_pdf

Écho n° 45/Rôle des aventures éducatives picture_as_pdf

Écho n° 44/Coup de projecteur sur la jeunesse d’hier et de demain picture_as_pdf

Écho n° 43/La vie aux foyers, témoignages picture_as_pdf