Gabriel, à quels désagréments l’homme est-il confronté à l'heure des revendications féministes ?

Une des difficultés à laquelle le masculin doit faire face aujourd’hui relève, selon mes observations, d’une déferlante des #metoo, #balancetonporc et autres hashtags. Si les abus sont inacceptables et leur dénonciation absolument nécessaire, la généralisation exprimée par ces mouvements est parfaitement injustifiable. L’homme n’est pas forcément un prédateur et la femme une proie ! Mais il reste du chemin à parcourir. J’en veux pour démonstration le débat autour de la définition du viol au Conseil des États, qui doit se pencher cet été sur deux variantes, d’une part l’approche « seul un oui est un oui » et d’autre part « non c’est non ». Cette dernière solution suscite des réactions féministes – mais pas uniquement – véhémentes. Cyrielle Huguenot, responsable du droit des femmes à Amnesty Suisse le relève « Avec le non, c’est non, le Conseil des États conforte l’idée dépassée selon laquelle, dans le domaine de la sexualité, on peut se servir tant que l’autre ne dit pas non ».

 

Qu'est-ce qui vous a motivé à animer cet atelier ?

Le thème abordé me semble crucial, tant l’évolution sociétale actuelle est rapide et radicale. Oui, la reconnaissance des personnes se questionnant quant à leur orientation sexuelle, leur identité ou leur expression de genre est légitime. Oui, j’ai perçu de la souffrance chez certain·e·s apprenant·e·s durant mes années d’enseignement. Oui, certaines évolutions sur le plan des mentalité ont eu des vertus libératrices. Toutefois, ces bouleversements génèrent énormément de questionnements, de doutes, d’inquiétudes, voire de révolte, chez de très nombreux jeunes et moins jeunes. J’ai observé que les débats sociétaux liés à ces problématiques – le dernier épisode portait sur le mariage pour toutes et tous – donnent lieu à de violentes manifestations d’hostilité, voire de rejet.

Témoignages recueillis par Joanna Vanay
* prénoms fictifs

Conférence du jeudi 6 octobre 2022, 20h00

Ethan, 16 ans

Un homme parfait doit avoir un peu de tout, un côté féminin et un côté masculin -plus prononcé-, pour pouvoir tout gérer. Pour moi, un homme a des responsabilités, mais cela dépend de chacun. J’ai grandi dans les stéréotypes de genre : un homme, c’est grand, fort, ça a des muscles, ça sait gérer l’argent à la maison, ça travaille, ça protège. Mon père travaillait, ma mère était à la maison ; mon père se voit comme le pilier de la famille, le chef. Cela ne me gêne pas, mais je vois que cela change et je suis ouvert.

Je suis un garçon qui ne sait pas trop ce qu’il veut dans la vie, qui n’a pas trop d’objectifs, je ne veux pas trop d’embrouilles… Mais il y a trois ans, je n’aurais jamais dit que j’irais dans un foyer un jour. Tout n’est pas écrit.

Mon modèle, c’est un peu RK (Ryad Kartoum). J’aimerais rapper comme lui. Il a une bonne mentalité. Mais si on prend l’homme, on prend tous ses défauts aussi… Du coup je préfèrerais être plein de gens différents.

Mais je ne suis pas libre d’être l’homme que je veux. Plein de fois, on m’a demandé si j’étais gay ou trans. J’aime pas les cases, il faut être un peu des deux pour être parfait. Je ne me mets pas de pression par rapport à cela, je veux surtout être moi-même. Je me sens homme, mais je ne veux pas me plier à toutes ces règles.

Par moment, je ressens quand même la pression extérieure, mais je ne calcule pas. Au final je fais comme je veux. J’ai des réflexes plutôt féminins, comme croiser les jambes à table, c’est une habitude, pourtant je me dis parfois que je ne devrais pas le faire… Cette pression me dérange un peu, c’est pesant à la longue, mais je fais avec.

Hugo, 15 ans

C’est un peu difficile d’être un homme en 2022. Quand tu es dehors, tu as cette confrontation aux autres, tu dois être plus fort, plus arrogant, plus large que les autres pour te faire une vraie place. Je sens cette pression pour m’intégrer dans un groupe, on doit faire des choses qu’on n’a pas envie de faire. C’est comme ça depuis toujours, les hommes aiment bien se bagarrer, se mettre en danger, ils ne pensent pas aux conséquences. Mais sinon ça va, tranquille. ça m’arrive de me demander comment je serais, ou comment serait ma vie si j’étais une fille.

Être un homme, c’est être quelqu’un de chaleureux, d’amical, de social. C’est être passionné par ce qu’on fait. Un homme doit être fort pour se protéger lui-même et les autres. Physiquement, il ne doit pas être trop baraqué, ni trop barbu, être entre les deux.

L'ECHO de la fontanelle

Écho n° 64/Réflexion sur la masculinité picture_as_pdf

Écho n° 63/Face à une situation d’abus sexuel picture_as_pdf

Écho n° 62/20 ans du Foyer filles, partage d’expériences picture_as_pdf

Écho n° 61/Justice traditionnelle et/ou restaurative picture_as_pdf

Écho n° 60/L’accueil aux foyers en période Covid picture_as_pdf

Écho n° 59/Adopter une approche holistique de la santé picture_as_pdf

Écho n° 58/Alimentation et maladies mentales picture_as_pdf

Écho n° 57/S’adapter à la génération « moi je » picture_as_pdf

Écho n° 56/La famille 3.0, point de situation picture_as_pdf

Écho n° 55/Soutien aux familles en difficulté picture_as_pdf

Écho n° 54/Cycle de conférences pour le 30e anniversaire de La Fontanelle picture_as_pdf

Écho n° 53/Partage de connaissances à l’occasion du 30e anniversaire picture_as_pdf

Écho n° 52/Troubles du comportement et médication picture_as_pdf

Écho n° 51/S’adapter à la nouvelle génération picture_as_pdf

Écho n° 50/Mieux comprendre la nouvelle génération picture_as_pdf

Écho n° 49/Quels rôles jouent les fêtes traditionnelles picture_as_pdf

Écho n° 48/Les tracas du tabac picture_as_pdf

Écho n° 47/Les étapes de l’insertion picture_as_pdf

Écho n° 46/Éducation et psychiatrie picture_as_pdf

Écho n° 45/Rôle des aventures éducatives picture_as_pdf

Écho n° 44/Coup de projecteur sur la jeunesse d’hier et de demain picture_as_pdf

Écho n° 43/La vie aux foyers, témoignages picture_as_pdf