Entre besoins individuels et collectifs?
L’accompagnement des personnes concernées par des troubles du neurodéveloppement ne peut plus reposer sur les approches d’hier. Écoles et institutions sont désormais appelées à s’adapter et à proposer des dispositifs inclusifs, afin que chaque enfant, adolescent-e ou adulte puisse participer pleinement à la vie collective. Tout comme l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite s’est imposée dans les constructions modernes, l’inclusion des individus neurodivergents progresse aujourd’hui grâce à l’engagement des organisations militantes, qui ont contribué à faire évoluer les représentations et les normes sociales.
Au quotidien, que cela soit dans une famille, une école ou une institution, c’est plus facile à dire qu’à faire. L’accompagnement d’une ou d’un jeune neurodivergent nécessite des adaptations complexes pour qu’elle ou il se sente véritablement soutenu et pour que ses pairs puissent l’accepter et l’intégrer dignement. Cela soulève une question essentielle : qui doit s’adapter et jusqu’où? D’un côté, celles et ceux qui souhaitent accélérer la prise en compte des divergences, de l’autre, celles et ceux qui, épuisés par les arrangements déjà mis en place, glissent vers une résistance paralysante.
Cette tension s’inscrit en outre dans un contexte occidental où les besoins individuels ont pris le pas sur les intérêts collectifs, entraînant ainsi le dilemme suivant : la collectivité a toujours moins de force et de moyens pour répondre aux besoins individuels grandissants. La gestion de cet équilibre délicat se fait particulièrement sentir dans les groupements collectifs publics, comme les écoles ou les institutions éducatives, où l’épuisement professionnel se voit chaque jour plus clairement.
Au fil de cette année de travail sur le sujet, nous avons beaucoup appris et réalisé que pour rester un véritable soutien au changement, il est primordial de bien comprendre ces développements neurologiques différents. Il convient toutefois de préparer aussi la personne neuroatypique aux difficultés qu’elle va rencontrer lors de son itinéraire de vie et de l’aider à développer, elle et son entourage, un esprit d’adaptation.
Nous espérons que vous aussi, vous trouverez quelques informations utiles, soit dans cette édition, qui présente le point de vue de plusieurs spécialistes et associations, soit à travers la vidéo de la conférence du Dr Olivier Revol, disponible sur notre site Internet.
Nous vous souhaitons une bonne lecture.
André Burgdorfer, directeur
Éditorial paru dans l'Écho de La Fontanelle n°71, décembre 2025

Ce que le diagnostic DSM-5 change pour les parents
L’école est une des principales institutions impliquées dans la socialisation des enfants. Pour les enfants ayant un trouble du développement, c’est généralement là que les premiers signes de difficultés sont remarqués. La manière dont l’institution fonctionne met en évidence ce qui est différent. Qu’il s’agisse de comportements perturbateurs ou de lenteurs dans les apprentissages, ces problèmes sont vite repérés, ce qui pousse à rechercher des solutions.
Depuis le début des années 2000, avec l’influence grandissante des neurosciences cognitives, nous assistons à un profond changement de paradigme dans la compréhension et la prise en charge des problèmes qui se manifestent à l’école. Jusqu’à la fin du vingtième siècle, la psychanalyse, plus influente, expliquait les difficultés des enfants par des problèmes émotionnels et des tensions familiales. Elle est aujourd’hui concurrencée par une approche qui tend à reconnaître dans ces difficultés les manifestations d’un trouble neurodéveloppemental défini par le DSM-5 .
Les associations de parents jouent un rôle majeur dans ces évolutions, dans un contexte où Internet facilite la diffusion d’informations et favorise la création de groupes de soutien. L’enjeu principal est de maintenir leur enfant dans le système scolaire ordinaire et d’éviter son orientation vers l’enseignement spécialisé, et il motive largement leur quête diagnostique.
Le diagnostic posé par un spécialiste entraîne différents effets. Les premiers sont d’ordre moral : les parents d’enfants présentant un trouble neurodéveloppemental témoignent subir des discours culpabilisants et sont fréquemment accusés de ne pas savoir éduquer leurs enfants. Si les troubles scolaires trouvent leur origine dans le cerveau, c’est le déficit neurodéveloppemental et non la compétence parentale qui est en cause. « L’enfant ou l’adolescent devient la victime d’un trouble qui parasite ses capacités et ses intentions, qui l'aliène et le fait agir au-delà sa volonté propre », écrit Julien Jupille, qui conclut : « Le diagnostic produit un allègement de la culpabilité, donne un nouveau sens à la situation et revalorise les parents dans leur fonction éducative ». En effet le diagnostic a aussi des effets pratiques : il place les parents en situation d’agir et leur permet de se réapproprier le destin de leur enfant. Dans le cas du TDAH, il conditionne la prescription d’un psychostimulant, médicament qui tend à pacifier les conflits, rendant possible un travail sur la relation. Plus largement, le diagnostic confère un statut médical à l’enfant, dont les parents peuvent se saisir pour agir scolairement, notamment pour demander divers aménagements, comme la mise en place d’une pédagogie différenciée et une adaptation des normes imposées. Plus encore, les parents deviennent partenaires des nouvelles prises en charge de la difficulté scolaire et sont placés au cœur des dispositifs destinés aux enfants diagnostiqués. Il leur revient notamment d’assurer la coordination des actions entre les différents professionnels impliqués dans la prise en charge globale de l’enfant (enseignant-es, médecins, logopédistes, psychomotricien-nes, etc.). La recherche montre que ce travail revient le plus souvent aux mères, lesquelles réduisent leur activité professionnelle à une fréquence plus élevée que les pères.
Devenus les managers du parcours de leurs enfants, les parents s’exposent à une nouvelle forme de culpabilité en cas d’échec, sans doute plus facile à supporter que les discours qui mettaient en cause leurs compétences et les privaient de leur pouvoir d’agir. Cette évolution dans la responsabilité parentale explique la propension de nombreux parents, lorsqu’ils en ont les ressources, à endosser ce nouveau rôle.
Sébastien Heiniger
Réflexion parue dans l'Écho de La Fontanelle n°71, décembre 2025
Sources:
Aude Béliard, Jean-Sébastien Eideliman, Maïa Fansten, Álvaro Jiménez-Molina, Sarra Mougel et Maëlle Planche, « Le TDA/H, un diagnostic qui agite les familles. Les quêtes diagnostiques autour d’enfants agités, entre rupture et continuité », Anthropologie & Santé [En ligne], 17 | 2018
Morgane Delmas et Sandrine Garcia, « Le coût du diagnostic. L’impensé du travail des mères auprès des enfants « dys » », Anthropologie & Santé [En ligne], 17 | 2018
Julien Jupille, « De « coupables » à « victimes actives ». Enjeux pour les familles d'un diagnostic de TDA/H », Socio-logos [En ligne], 9 | 2014
Vivre avec un enfant neuroatypique
Formée en psychologie du développement à l’université de Paris V, Laurence Kahn exerce depuis une vingtaine d’années. Spécialisée dans l’accompagnement de personnes neuro-atypiques, elle s’est formée aux outils et approches d'accompagnement spécifiques, puis en thérapie brève systémique. Elle a accepté de partager son expertise pour La Fontanelle.
Laurence Kahn, les troubles du neurodéveloppement suscitent encore de nombreuses interrogations. Devrait-on questionner les diagnostics?
Il ne s’agit pas de remettre en cause les diagnostics, mais d'en améliorer la qualité. Pour le trouble du spectre de l’autisme (TSA), comme pour le Trouble du Déficit de l´Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) par exemple, l'expression des symptômes est très variable d'un individu à l'autre. L’enjeu est donc plutôt de s'appuyer sur des professionnel-les capables de distinguer de ce qui relève d’un trouble du neurodéveloppement d’un comportement pouvant être influencé par d'autres facteurs (sommeil, anxiété, etc..).
Comment expliquer l’explosion de diagnostics de neurodivergence?
L'explosion des diagnostics s'explique par une convergence de facteurs. Les professionnel-les de santé sont mieux formés, la population générale est plus sensibilisée : l’orientation vers des spécialistes est plus rapide. L'arrivée du DSM-5, le manuel de référence pour identifier les troubles mentaux et neurodéveloppementaux a réorganisé la classification, ce qui permet d'identifier des profils qui passaient inaperçus auparavant. Enfin, seul un diagnostic permet aux familles d'accéder aux suivis spécialisés ; on redoute qu’en son absence, une personne soit privée d’un accès aux soins au moment opportun, ce qui pousse à solliciter une confirmation médicale.
Qu’est-ce qui est identifié aujourd’hui comme causes des troubles neurodéveloppementaux?
Elles sont multiples et complexes. La génétique joue un rôle important, comme le confirme la prévalence dans la fratrie. Certains facteurs prénataux, tels que l’exposition au valproate, sont clairement établis (TSA). Les données sur la pollution et certains perturbateurs sont encore en cours d’étude. L'usage excessif des écrans n'est pas la cause étiologique de Troubles du Neurodéveloppement tels que le TSA ou le TDAH. La confusion vient du fait qu'une exposition passive et prolongée aux écrans avant trois ans réduit les interactions réciproques entre parent et enfant. Cela peut entrainer des retards de développement spécifiques, notamment dans le langage et les interactions sociales, qui peuvent ressembler à des symptômes d'un trouble du neurodéveloppement. Une ou un clinicien doit alors réaliser un diagnostic différentiel après un travail d'accompagnement à la stimulation associée à une limitation du temps d'écran.
Quels outils permettent d’identifier les neurodivergences?
Il n'existe pas un outil unique. La pose d'un diagnostic repose sur l'observation des comportements, l'entretien avec les parents (anamnèse) pour retracer l'histoire développementale, et l'utilisation rigoureuse des critères diagnostiques standardisés (principalement le DSM-5 ou la CIM-11). La passation d’outils standardisés est par contre extrêmement aidante, elle permet de mieux comprendre comment la personne fonctionne, et facilite le diagnostic différentiel.
Comment accompagner un diagnostic de neurodivergence?
Le diagnostic d'un trouble du neurodéveloppement confronte les parents à une nouvelle réalité et à la complexité d'organiser un suivi spécialisé tout en gérant les problèmes de comportement au quotidien. Un soutien émotionnel et éducatif est indispensable. Il doit fournir des informations claires et validées sur le trouble, tout en déconstruisant les idées reçues. L'accompagnement à la mise en place de stratégies éducatives permet aux parents, souvent ébranlés par le diagnostic, de reprendre confiance. L'approche systémique ou stratégique enrichit le travail post-diagnostic en aidant les parents à différencier difficulté et problème, que je distingue. La réalité du trouble du neurodéveloppement est une difficulté (toujours présente) ; les conséquences (ex : troubles du comportement) sont des problèmes sur lesquels on peut agir. Soutenir les parents consiste à les accompagner face à la difficulté du diagnostic, tout en agissant activement sur les problèmes. L'objectif est d'identifier les boucles d'interaction qui entretiennent les tensions et d'explorer celles qui favorisent le développement de l'enfant et une meilleure qualité de vie familiale.
Propos recueillis par André Burgdorer
Article paru dans l'Écho de La Fontanelle n°71, décembre 2025
Neuroatypies et approche systémique
Directeur de l’Institut Gregory Bateson, Guillaume Delannoy enseigne l’approche systémique et stratégique en Suisse, en France et en Belgique. Il est l’auteur d’une vingtaine d’articles sur le modèle de Palo Alto. Il intervient également dans l’accompagnement de personnes et d’équipes rencontrant des difficultés dans leur contexte professionnel et supervise plusieurs équipes socio-éducatives en Suisse romande, dont celle de La Fontanelle. Il a accepté de répondre à nos questions concernant la prise en charge des jeunes qualifiés de «neuroatypiques».
Guillaume Delannoy, les mots neuroatypie ou neurodivergence entrent peu à peu dans le langage courant. Quels effets sur l’accompagnement des jeunes?
L’utilisation de ces termes favorise parfois la déstigmatisation, encourage la tolérance et aide à reconnaitre que certains jeunes peinent à répondre aux exigences sociales. Dans bien des cas, cela peut s’avérer bénéfique, tant il peut être destructeur de leur rappeler sans cesse qu’ils doivent se conformer à ces attentes, alors que tout montre qu’ils n’y sont pas parvenus jusque là. En outre, ce type d’explication « scientifique » sur ce qui se passerait dans le cerveau d’une ou d’un adolescent peut aussi avoir un effet rassurant, notamment pour les parents. Il est cependant important de ne pas mettre de côté ce qui se joue dans les interactions entre le jeune et son entourage, car c’est là que se manifestent les problèmes et se déploient les tentatives de solution.
L’institution (au sens large) devrait donc s’adapter aux besoins des personnes neurodivergentes?
Il faut se méfier de l’attente, souvent illusoire, selon laquelle il reviendrait toujours à l’institution de s’adapter aux besoins de l’individu. Dans la pratique, les capacités d’adaptation des organisations - et des professionnels qui y travaillent, ne sont pas illimitées.
Les personnes neurodivergentes ne devraient-elles plus être appelées à s’adapter?
On entend parfois des discours du type : « C’est à toi de t’adapter à mon fonctionnement, parce que je suis neuroatypique ! » Mais si cet argument n’emporte pas l’adhésion, ou cesse de fonctionner, le jeune qui invoque une particularité censée justifier un traitement de faveur se retrouve rapidement désillusionné. Il est à mon sens très dommageable de grandir en pensant que c’est toujours aux autres de s’ajuster à nos besoins propres, sans que nous ayons nous-mêmes à fournir le moindre effort relationnel.
Comment les actrices et acteurs du monde de l’éducation peuvent-ils se préparer?
Certain-es professionnel-les peuvent en venir à considérer que les problèmes rencontrés avec les jeunes étiquetés « neuroatypiques » ne relèvent pas de leur compétence et doivent être pris en charge que par des spécialistes. Or, avec l’augmentation du nombre de jeunes susceptibles d’entrer dans ces catégories, on risque de voir de nombreux intervenant-es de terrain se désengager progressivement, convaincu-es qu’on leur demande d’accompagner des personnes dont les particularités requièrent un traitement spécifique qu’elles et ils ne sont pas en mesure de fournir.
La solution serait-elle de former l’ensemble des professionnel-les du secteur socio-éducatif aux besoins spécifiques des personnes neuroatypiques?
Cette option, a priori séduisante, me semble malheureusement manquer sa cible, notamment parce que la «neuroatypie» est très loin d’être une catégorie homogène. Il serait certes rassurant pour les professionnel-les de terrain de disposer d’une clef magique du type «voilà comment se comporter avec une personne neurodivergente», ou «voici la méthode pour aborder telle ou telle sous-catégorie de neuroatypie». S’il peut être tentant de se dire que tous les individus regroupés au sein de telle ou telle catégorie diagnostique vont pouvoir être traités efficacement, de façon similaire, je pense qu’il s’agit là d’un piège.
Quelle est votre recommandation?
Plutôt que de se focaliser sur l’étiquette posée, il me semble essentiel d’en revenir à une approche pragmatique et sur mesure : observer ce qui fonctionne pour ce jeune, dans ce contexte particulier, à ce moment précis.
Propos recueillis par André Burgdorfer
Article paru dans l'Écho de La Fontanelle n°71, décembre 2025
L'INSTITUT GREGORY BATESON
Fondé en 1987, l’Institut Gregory Bateson (IGB) prolonge les travaux de l’École de Palo Alto, élaborés par l’équipe du Mental Research Institute, qui a mis au point une façon de concevoir la souffrance humaine ainsi qu’une méthode de résolution de problèmes intégrant un aspect trop souvent oublié dans notre culture : la relation. En Suisse romande, l’équipe de l'IGB propose des consultations, des formations ainsi que des supervisions reposant sur cette vision systémique et stratégique du comportement humain.
Plus d’info

Explorer la neurodiversité
TDAH, TSA, DYS, HPI, neurodivergence ou neuroatypie… il y a encore quelques années, seuls les milieux spécialisés maîtrisaient les nuances de ces termes. Aujourd’hui, ces notions sont largement diffusées par les médias et sont devenues plus familières au grand public. La thématique s’affirme comme une priorité d’inclusion, d’abord dans les écoles, mais aussi au sein des institutions éducatives.
La perception d’augmentation des cas suscite des questions. Une meilleure sensibilisation, voire une certaine crainte, pousserait-elle à rechercher un diagnostic, par ailleurs indispensable pour accéder à un soutien spécialisé ? L’élargissement des critères diagnostiques amènerait-il à une augmentation des cas ? Au-delà de la génétique, des facteurs comme les changements culturels, l’instabilité familiale, l’usage accru des écrans ou l’exposition à certains produits chimiques environnementaux, notamment les perturbateurs endocriniens, joueraient-ils également un rôle ?
La réponse est plus complexe qu’il n’y parait. Toutefois, les méta-analyses – une méthode combinant les résultats de plusieurs études indépendantes - montrent que la prévalence réelle est restée stable depuis trente ans. Ce n’est pas le nombre de personnes atteintes qui a augmenté, mais celui des diagnostics. Il n’en demeure pas moins que sur le terrain scolaire et éducatif, le défi d’inclusion est majeur.
Car l'accompagnement proposé par les institutions éducatives repose en grande partie sur l'apprentissage du vivre ensemble. Les relations sociales sont essentielles à l’être humain, et sa capacité à s’intégrer à un groupe joue un rôle déterminant dans son développement psychosocial. Toutefois, certaines formes de neurodivergence peuvent rendre cette intégration plus difficile, nécessitant des approches éducatives adaptées, souvent plus individualisées, ce qui complexifie la prise en charge et en augmente les coûts.
Le sujet nous questionne suffisamment pour en faire notre thématique annuelle. Dans cet Écho, trois témoignages ouvrent la réflexion, suivis d’un éclairage sur l’évolution du sujet ces dernières décennies. Pour approfondir, nous avons invité un spécialiste de renom pour notre conférence annuelle : réservez d’ores et déjà votre soirée du 3 décembre ! En attendant le plaisir de vous y retrouver, nous vous souhaitons une bonne lecture et une excellente reprise après cette pause estivale.
André Burgdorfer, directeur
Editorial paru dans l'Écho de La Fontanelle n°70, août 2025

Témoignage de Arnaud, éducateur à La Fontanelle
Diagnostiqué dysphasique, dyslexique, dysorthographique, avec un trouble de l’attention, Arnaud a dû se frayer un chemin dans un monde pensé pour d’autres. Un parcours semé d’obstacles, qu’il a traversé à sa manière, pour réussir à tracer sa propre voie.
Mes parents ont rapidement remarqué mes difficultés. J’avais du retard dans l’apprentissage de la parole et j’ai assez vite été suivi par un orthophoniste. J’ai constaté que j’étais différent en me comparant aux autres, en particulier à mon frère et ma sœur qui avaient de la facilité, à l’école surtout. L’apprentissage y est devenu plus difficile après les deux années d’enfantine, lorsqu’on se met à se confronter aux autres. Les problèmes se sont ensuite invités à la maison.
J’ai commencé à ressentir comme une forme d’incompréhension, d’injustice : pourquoi moi, pourquoi je n’ai pas autant de facilité que les autres ? Je devais beaucoup travailler, rester faire de la dictée alors que mon frère et ma sœur allaient à la piscine. C’était dur. Je n’ai pas été victime de moquerie, jusqu’à ce qu’on essaye de mettre en place des mesures pour m’aider. A l’époque, il y a vingt-trois ans, la connaissance des neuroatypies n’était pas aussi pointue qu’aujourd’hui et je n’ai pas été bien diagnostiqué. L’accompagnement était également différent. Plein de choses ont été essayées, comme le plan incliné sur le pupitre. Cela stigmatise, mais par chance, je n’ai pas subi de vraies moqueries.
Ce qui me faisait le plus peur, c’était de lire à voix haute. Je trébuchais sur les mots, ça faisait parfois rire, mais heureusement ça ne continuait pas à la récré. Quand on doit affronter ces difficultés, on développe des stratagèmes. A l’école par exemple, lors de la lecture à haute voix, je lisais en amont, je calculais à l’avance les phrases que j’aurais à déclamer en fonction des élèves avant moi, cela fonctionnait pour autant que le prof ne change pas le sens des rangs ! Je sais que je ne serai jamais totalement à l’aise en lecture. Encore aujourd’hui, toute présentation me demande une grande préparation en amont. Je ne rédige pas un texte en entier, j’écris juste des phrases clefs pour laisser de la place à une improvisation cadrée.
Pour l’écriture, l’intelligence artificielle est devenue essentielle. Je l’utilise dans chacun de mes projets pour corriger, reformuler, réorganiser mes idées. Avant, rédiger un simple courriel me stressait. Je faisais toujours relire par ma copine ou mes parents. Aujourd’hui, grâce à l’IA, j’ai gagné en autonomie, surtout face à la dyslexie et à la dysphasie. Pour la lecture à voix haute, j’utilise Google Trad. J’ai pris l’habitude de repérer les outils qui peuvent m’aider.
Vers dix ans, mes parents m’ont donné de la Ritaline® pour aider à me concentrer. J’en ai pris pendant les périodes scolaires jusqu’à la fin de l’école obligatoire. Plus tard, j’ai continué à en prendre de manière occasionnelle, durant les périodes de révision par exemple. Aujourd’hui encore, cela m’aide au travail, surtout quand je dois rendre un gros rapport. Avec le temps, j’ai appris à me canaliser et j’en ai moins besoin. Le sport me fait du bien aussi, c’est un bon défouloir pour évacuer mon énergie et mon stress. Plus jeune, c’était le judo ; maintenant, je cours.
Je ne parle de mes troubles que si c’est nécessaire. Avec les outils que j’ai trouvés, je ne me sens plus limité, sauf pour la lecture à voix haute. J’ai réussi à m’équiper de bonnes « béquilles » pour avancer. À travers ma formation d’éducateur notamment, j’ai beaucoup réfléchi à mon parcours. Avec le recul, je me rends compte que cette différence m’a demandé de travailler d’autres compétences, qui sont devenues de réelles forces. J’ai dû forger un mental solide et apprendre à aimer l’effort. Je suis né dans une période où les solutions pour accompagner ces troubles étaient moins développées. J’ai dû me construire par moi-même, et c’est ce qui fait ma force désormais. J’en suis fier. J’ai aussi eu la chance d’être très bien entouré, en particulier par mes parents. Maintenant, je peux compter sur l’IA pour faciliter mon quotidien, mais c’est la confiance en moi que j’ai bâtie au fil du temps qui fait vraiment la différence.
Aujourd’hui, être diagnostiqué neuroatypique paraît plus accessible grâce aux avancées dans ce domaine. Cependant, le danger est que certains jeunes concernés se reposent uniquement sur les aides proposées par l’IA, sans au préalable se construire, sans essayer de progresser et d’apprendre d’abord par eux-mêmes. La Ritaline® m’a beaucoup aidé. Je sais que certains ne veulent pas en prendre, mais il me semble qu’il y a beaucoup de méconnaissance autour de ce médicament. De mon côté, je le referais. Et je le conseille, pour autant que les bénéfices soient supérieurs aux effets secondaires.
Témoignage de Fleur*, 15 ans, TSA et TDAH
Te sens-tu différente?
Je me suis toujours sentie seule. Aujourd’hui, j’ai quelques amis, mais les relations avec les autres et la gestion des émotions restent difficile.
A l’école ?
Cela a commencé à se compliquer à l’école primaire. Les copains me trouvaient bizarre. Pour moi, c’était confus, je n’avais pas de codes sociaux, je vivais beaucoup de conflits. La dyscalculie a été un vrai combat et je n’ai jamais réussi les soustractions.
Diagnostic et médicaments?
J’ai vu des psys dès 6 ans et le diagnostic a été posé dès 7-8 ans. Je prends des médics, mais ce sont des antidépresseurs et des anxiolytiques.
Ton entourage?
Je me sens soutenue par mes proches, même si c’est conflictuel avec ma mère. Elle veut que je fasse des études et ça me met trop de pression. Je ne parle pas quand je suis avec trop de gens. J’ai toujours peur de me faire juger et donc je me barricade.
Ton avenir?
J’aimerais travailler dans la cybersécurité mais j’ai besoin des maths et j’ai peur de ne pas y arriver.
Témoignage de Charlie*, 14 ans, TDAH et troubles émotionnels
Te sens-tu différent?
Pour moi, je suis normal, sauf que je suis très excité.
A l’école?
Je n’arrivais pas à me concentrer et quand j’y arrivais, j’oubliais tout après une heure.
J’ai trop foutu la merde aussi. J’étais comme fou, je me battais, je les tapais, j’insultais la prof, je partais de l’école quand je voulais. C’était comme un jeu, je pouvais me maîtriser mais je préférais faire le con.
Diagnostic et médicaments?
Après avoir été diagnostiqué TDAH, j’allais tous les jours chez la psy. J’ai pris des médicaments. Après deux ans, j’avais peur de faire mal aux autres. Avant les médicaments, j’arrivais à me contrôler mais à force de prendre sur moi, je me suis mis à exploser et à taper.
Ton entourage?
J’ai des potes avec qui je reste calme, d’autres avec qui je fais des bêtises. Beaucoup de ceux avec qui j’ai fait des délits sont hyperactifs.
Ton avenir?
Je vais arrêter les médic et apprendre à me contrôler. Je fais de la boxe pour me calmer.
Plâtrier-peintre, c’est un métier bien pour moi. On doit se concentrer et s’activer en même temps.
Propos recueillis par Joanna Vanay
Témoignages paru dans l'Écho de La Fontanelle n°70, août 2025
*prénoms d'emprunt
Neurodiversités: handicap, maladie ou... fonctionnement simplement atypique?
Les tics étaient discrets et espacés, mais les fans à l’affût de la moindre apparition publique finirent par repérer les symptômes. Cherchant confirmation, une compilation des mouvements involontaires de leur idole furent diffusés sur les réseaux sociaux. Devenue rapidement virale, celle-ci fit réagir la principale intéressée : Billie Eilish, icône pop, devenue à 18 ans, avec No Time to Die, la plus jeune artiste à avoir enregistré un thème officiel de James Bond. Diagnostiquée à 11 ans, Eilish vit avec le syndrome Gilles de la Tourette. Comme bien d’autres célébrités contribuant à sensibiliser le public, elle est neurodivergente.
À l’origine, le terme « neurodiversité » a été utilisé par des associations de personnes autistes pour défendre l’idée que l’autisme est une manière différente de penser, et non une pathologie. Dans une volonté de déstigmatisation, cette notion s’est élargie à toutes les formes de fonctionnement cognitif qui diffèrent des normes établies. Elle repose sur un principe simple : le cerveau humain ne fonctionne pas selon un seul modèle. Les façons de percevoir, traiter et interpréter le monde sont multiples. Dès les années 1930, le psychiatre Hans Asperger évoquait déjà cette diversité, en décrivant des enfants autistes aux capacités intellectuelles préservées — une première rupture dans la vision strictement pathologique de ces profils. C’est dans les années 1990, notamment grâce à la sociologue australienne Judy Singer, que la neurodiversité a véritablement émergé en tant que mouvement social et militant.
Trois facteurs principaux expliquent l’émergence de ce concept :
Premièrement, le développement des neurosciences. À partir des années 1990, elles prennent de l’ampleur et proposent de nouvelles façons de comprendre le comportement humain, remplaçant peu à peu les explications issues de la psychanalyse, très présentes dans les décennies précédentes.
Au lieu de voir le "soi" comme une entité psychique profonde, on le considère de plus en plus comme le résultat d’interactions neuronales. Cette nouvelle approche ouvre la voie à une remise en question des frontières rigides entre le normal et le pathologique.
Deuxièmement, une nouvelle façon de penser le handicap et les différences. Dans le monde académique anglo-saxon, des chercheurs ont développé une approche critique du handicap, inspirée par les réflexions sur le genre, la race, la classe ou l’identité. Ils défendent l’idée que le handicap n’est pas seulement lié à une déficience personnelle, mais qu’il est en grande partie créé par une société qui ne s’adapte pas à la diversité des fonctionnements. Cette vision, appelée en France approche sociale du handicap, affirme que ce n’est pas à l’individu de changer, mais à la société de devenir plus inclusive. C’est dans ce contexte que Judy Singer, elle-même fille et mère de personnes ayant un profil Asperger, propose en 1999 le mot neurodiversité. Le terme est rapidement repris par les médias, certains chercheurs en sciences cognitives et des communautés en ligne d’autistes.
Troisièmement, l’impact d’Internet et la naissance d’une identité collective. Internet a joué un rôle essentiel en permettant aux personnes autistes de se retrouver en ligne, d’échanger entre elles, et de construire une image d’elles-mêmes plus positive, loin des discours médicaux souvent stigmatisants. Ce mouvement voit émerger, dès 1991, des collectifs comme Autism Network International, puis le Autism Rights Movement, qui milite pour la reconnaissance, les droits et la dignité des personnes autistes. Il dénonce certaines thérapies considérées comme invasives ou maltraitantes, mais aussi les risques liés au dépistage prénatal de l’autisme, perçu par certains comme une manière d’empêcher la naissance de personnes autistes. Depuis 2005, ce mouvement célèbre chaque 18 juin la « Journée de la Fierté Autiste » (Autistic Pride Day), affirmant que les différences neurologiques méritent d’être reconnues et respectées, comme d’autres formes de diversité.
Le concept de neurodiversité est donc apparu tout d’abord dans des associations de personnes autistes, qui cherchaient à changer le regard porté sur leur différence : au lieu d’y voir une maladie, elles ont proposé d’y reconnaître une autre manière d’être, de penser et d’agir. Cette idée a permis à beaucoup de se construire une identité collective, de revendiquer des droits et d’exiger une meilleure inclusion dans la société. Avec le temps, le mot neurodiversité s’est élargi pour désigner toutes les personnes dont le fonctionnement mental diffère de la norme. Cela inclut les TSA, le TDAH, les troubles DYS, et d’autres encore. Les associations qui se reconnaissent dans ce mouvement partagent un objectif commun : sortir d’une vision purement médicale des troubles, et mettre en valeur la diversité des façons de penser, d’apprendre et de se comporter. Cela suppose aussi de construire une société plus ouverte, où les personnes qui ont du mal à rentrer dans le moule ne sont plus blâmées, mais reconnues pour leurs forces particulières, et où l’environnement s’adapte mieux à leurs spécificités – à l’école, au travail et dans la vie quotidienne.
Mais cette approche n’est pas sans critiques. Certains professionnels de santé ou associations de parents lui reprochent de trop mettre en avant des profils particulièrement intelligents et autonomes, au détriment de la reconnaissance des personnes plus vulnérables et dépendantes – notamment celles atteintes de formes sévères d’autisme. Malgré cela, l’idée de neurodiversité a gagné en visibilité, jusqu’à être reprise dans des lieux aussi inattendus que le Forum économique mondial de Davos, où des dirigeant-es et expert-es ont récemment défendu l’idée que les personnes neurodivergentes pouvaient contribuer à l’innovation, à l’inclusion et à une économie plus éthique. Cette dynamique pourrait cependant ralentir. Dans un contexte marqué par la montée des idées conservatrices, les critiques du « wokisme », les coupes budgétaires et la remise en cause des politiques de diversité, certaines et certains s’inquiètent pour l’avenir des initiatives en faveur de l’inclusion. Finalement, une question demeure : si on peut se réjouir de l’affaiblissement du pouvoir oppressif des normes et de la stigmatisation de la différence, une société qui abolirait tous les obstacles à l’intégration des personnes neurodivergentes est-elle réellement possible?
Sébastien Heiniger, chercheur indépendant
Les principales neurodivergences:
TDAH - Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité
Trouble du neurodéveloppement qui débute dans l’enfance. Il se manifeste par des niveaux inhabituels d’inattention, d’hyperactivité et/ou d’impulsivité, souvent inadaptés à l’âge ou au contexte. Ces symptômes peuvent perturber les apprentissages scolaires, les relations sociales et la qualité de vie au quotidien. On estime que le TDAH touche environ 5,9 % des enfants et adolescents, et 2,8 % des adultes.
TSA - Trouble du Spectre de l’Autisme
Cela regroupe un ensemble de troubles neurodéveloppementaux affectant le développement des personnes communément appelées « autistes ». On parle de spectre en raison de la grande diversité des manifestations et de leur intensité, qui varient d’une personne à l’autre. Le TSA se caractérise principalement par des difficultés persistantes dans la communication et les interactions sociales, ainsi que par des comportements, des activités ou des intérêts restreints et répétitifs. Environ 1% de la population est concernée par un trouble du spectre de l’autisme.
Troubles DYS
Les troubles DYS désignent un ensemble de troubles cognitifs spécifiques qui affectent durablement certains apprentissages, malgré une intelligence normale, voire supérieure. Ils peuvent exister isolément ou se combiner, et ont un impact significatif sur la scolarité et la vie quotidienne. Ils touchent différents domaines :
- Dyslexie : trouble du langage écrit (lecture)
- Dysorthographie : trouble de l’acquisition de l’orthographe
- Dyscalculie : trouble des apprentissages en mathématiques
- Dysgraphie : trouble de l’écriture manuscrite
- Dysphasie : trouble du langage oral
- Dyspraxie : trouble de la coordination gestuelle et des fonctions visuospatiales
Références
Chamak, B. & Bonniau B., « Neurodiversité : une autre façon de penser », in Chamak B. & Moutaud B. (dir.), Neurosciences et Société : enjeux des savoirs et
pratiques sur le cerveau, Armand Colin, 2014, pp. 211-230.
Chamak, B., « Le concept de neurodiversité ou l'éloge de la différence », in Catherine Déchamp-Le Roux C. & Rafael F. (dir.), Regards croisés sur l'idée de guérison et de rétablissement en santé mentale, John Libbey eurotext, 2015, pp.41-49.
Singer J., “Why can’t you be normal for once in your life? From a ‘Problem with no Name’ to
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Article paru dans l'Écho de La Fontanelle n°70, août 2025
Le canton de Vaud affine sa stratégie d’inclusion
Le canton de Vaud est souvent cité comme l’un des plus en avance en Suisse romande dans le soutien aux personnes neuroatypiques. Il y a une dizaine d’années, un service spécialisé dans les troubles du spectre de l’autisme a vu le jour. D’abord dédié aux enfants et adolescents, il s’est progressivement ouvert aux adultes, reconnaissant que l’autisme n’est pas une condition dont on guérit, mais une réalité qui accompagne la personne tout au long de sa vie. Rencontre avec Raphaël Gerber, directeur général adjoint de la Direction psychologie, psychomotricité, logopédie (DPPLS) en milieu scolaire depuis 2021.
Raphaël Gerber, constatez-vous une progression des troubles du spectre de l’autisme?
Autrefois, on distinguait deux formes d’autisme : avec ou sans déficience intellectuelle, le syndrome d’Asperger illustrant la seconde. Depuis une quinzaine d’années, le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est utilisé pour mieux refléter la diversité des profils. L’élargissement des critères diagnostiques a logiquement fait augmenter le nombre de cas identifiés. Dans le canton de Vaud, environ 1 % des enfants scolarisés sont concernés. Un diagnostic de TSA est nécessaire pour bénéficier d’un accompagnement adapté.
Comment accompagner les neuroatypies en milieu scolaire?
C’est un sujet complexe, mais le canton de Vaud s’efforce de promouvoir une école inclusive en s’appuyant sur un modèle européen qui distingue trois niveaux de besoins : environ 80 % des élèves progressent sans difficulté, 15 % bénéficient d’aménagements pédagogiques ciblés, et 5 % présentent des besoins plus importants, notamment liés aux troubles du spectre de l’autisme (TSA), aux troubles DYS, au TDAH ou à des problématiques psychiatriques et socio-éducatives. Ce cadre permet d’adapter les réponses éducatives à chaque situation.
Quand est-il dans les établissements scolaires vaudois?
Sur les 20% des enfants présentant des besoins particuliers sur Vaud, 15% peuvent être accompagnés au moyen de mesures d’aide dites « ordinaires », mises en place par les enseignant-es ou les établissements eux-mêmes. Les 5% restant nécessitent un accompagnement renforcé, assuré par des spécialistes. C’est pour cette catégorie de la population enfantine que le canton de Vaud a intensifié ses efforts ces dernières années. Actuellement, 2,7% des enfants sont pris en charge dans l’école ordinaire et 2,3% sont dans des institutions spécialisées.
Les enfants à besoins particuliers sont donc intégrés au système scolaire ordinaire?
De plus en plus d’enfants à besoins particuliers y sont effectivement intégrés. Pour permettre cette inclusion, plusieurs ajustements ont été nécessaires, notamment une clarification des missions institutionnelles afin d’offrir aux professionnel-les un cadre de travail plus lisible et cohérent. Un niveau intermédiaire a également été introduit entre l’école ordinaire et les institutions spécialisées : les Classes Régionales de Pédagogie Spécialisée (CRPS). Destinées aux enfants identifiés comme nécessitant des mesures renforcées, ces classes sont intégrées aux établissements scolaires et offrent un encadrement intensif, avec deux adultes pour neuf élèves.
Ces classes peuvent-elles accueillir des enfants autistes?
S’agissant des formes légères de l’autisme, oui, les CRPS sont tout à fait adaptées. Pour les enfants atteints d’un autisme sévère, six CRPS-TSA ont été mises en place dans le canton. Chacune accueille au maximum six élèves et se situe, elle aussi, au sein d’écoles ordinaires. Ces classes bénéficient d’un encadrement pédagogique spécialisé, renforcé par un accompagnement thérapeutique soutenu. Ce dispositif permet à ces enfants de trouver leur place dans un environnement scolaire, tout en leur ouvrant de nouvelles perspectives d’apprentissage et d’intégration.
Comment le canton de Vaud a-t-il réussi à prendre ce tournant?
Le canton a investi massivement dans la formation des enseignant-es spécialisé-es, mais aussi des spécialistes en psychologie, psychomotricité et logopédie en milieu scolaire (PPLS). Cette formation comprenait notamment deux journées consacrées aux troubles du spectre de l’autisme. Par ailleurs, une formation spécifique est désormais dispensée par la Haute École Pédagogique (HEP) pour les futur-es enseignant-es du primaire. Aujourd’hui, un binôme de spécialistes est prêt à intervenir rapidement dans chacun des nonante-trois établissements vaudois dès qu’un enfant présente des difficultés. Si ces avancées sont prometteuses, le canton reste humble face à l’ampleur du défi et au chemin encore à parcourir pour réussir pleinement l’inclusion.
Propos recueillis André Burgdorfer
Interview paru dans l'Écho de La Fontanelle n°70, août 2025
Cadrer, soigner… ou comprendre autrement?
Échecs scolaires, conflits familiaux, conduites à risque, états dépressifs, addictions… Autant de manifestations fréquentes chez les adolescents en rupture. Derrière ces parcours souvent chaotiques, certains jeunes présentent une neuroatypie – trouble de l’attention, hyperactivité, haut potentiel, TSA, ou encore troubles « dys » – qui complexifie la relation éducative et les prises en charge.
Comment accompagner ces adolescents singuliers, souvent incompris, pour leur permettre de retrouver confiance en eux et en l’adulte ? Quelles clés donner aux parents et aux professionnel-les pour mieux accompagner ces jeunes déroutants ? À l’invitation de La Fontanelle, le Dr Olivier Revol, pédopsychiatre engagé, spécialiste des troubles des apprentissages et lui-même hyperactif, viendra partager son expérience, ses éclairages cliniques et des pistes d’action concrètes.
La Fontanelle propose une conférence du Dr Olivier Revol, pédopsychiatre au CHU de Lyon
Mercredi 3 décembre 2025 à 19h30
Salle du Faubourg, Neuchâtel
Spécialiste reconnu des neuroatypies – troubles de l’attention, haut potentiel, troubles "dys", troubles du spectre de l’autisme – Olivier Revol a consacré sa carrière à mieux comprendre et accompagner les enfants et adolescents qui ne rentrent pas dans les cases. Père de quatre enfants, il milite pour que chaque jeune, quelles que soient ses particularités, puisse trouver sa place, notamment à l’école.
Pédopsychiatre et ancien chef du service de neuropsychiatrie de l’enfant à l’hôpital neurologique de Lyon, il enseigne à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Il est également auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les troubles des apprentissages, les enfants à haut potentiel et les jeunes en souffrance psychique. Reconnu pour son approche à la fois clinique et humaine, il continue de faire le lien entre savoir scientifique, engagement de terrain et transmission.
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