Dans une société où la prise en considération des besoins individuels s’est imposée comme une priorité, est-il encore nécessaire de cultiver le savoir-être en collectivité ? À La Fontanelle, nous considérons que oui.

Voilà trois ans que j’assume la présidence de La Fontanelle, dont l’association réunit trois cent quarante-cinq membres. Je défends avec conviction le travail de cette institution depuis de nombreuses années, d’abord auprès des citoyennes, des citoyens et des autorités du Valais comme membre de son comité, et désormais auprès de tous les cantons romands en tant que Président.

Stabilité au Foyer garçons.

Cette année encore, le groupe des garçons est resté assez constant, nous permettant de faire un travail en profondeur. Une attention particulière a pu être portée sur les relations à leurs pairs et sur les comportements inadéquats. Nous sommes parvenus à trouver des alternatives pour quelques situations particulièrement problématiques, afin d’éviter une rupture trop rapide.

Plus de souplesse au Foyer filles

La nouvelle prise en charge des filles, modifiée en 2020, a confirmé son intérêt. Une période d’observation de quatre mois permet d’entrer en relation et de poser la base du travail à effectuer sans cabrer sur la question de la durée, l’adolescente pouvant se projeter à court terme. La suite du programme peut être individualisée selon les besoins identifiés et les personnes impliquées, dont les parents, dans une vision systémique. Le changement du concept a permis de raccourcir la durée de certains placements et ainsi offrir plus souvent des places disponibles.

Accompagnement hors murs

Les restrictions de voyage liées à la pandémie ont rendu l’accompagnement hors murs plus compliqué en 2021, car notre proposition repose sur l’éloignement et la rupture avec l’ordinaire. Alternative au placement en foyer, cette prise en charge donne l’occasion aux participants et participantes de vivre une expérience transformatrice. Plusieurs Aventures éducatives ont néanmoins pu être proposées aux filles en Suisse et un groupe mixte s’est rendu au Maroc en fin d’année, au prix d’importants efforts compte tenu des contraintes Covid. Un Programme Oxygène a pu avoir lieu de février à juin.

Soutien à la parentalité

En accompagnant des jeunes en difficulté, nous entrons inévitablement en interaction avec leurs parents et sommes sincèrement touchés par leur désarroi. Si certains ont eu des parcours chaotiques qui a rendu leur rôle éducatif difficile à assumer, une bonne partie sont des personnes ordinaires qui ont cumulé les crises relationnelles et se trouvent dans un sentiment d’impuissance qui les désempare totalement. Cela les entraîne dans des comportements qui ne font que renforcer le problème, soit d’indulgence démesurée, soit de rigidité extrême qui, l’un comme l’autre, confortent les comportements déviants de leur enfant.

Formation des équipes

La formation permanente fait partie de nos priorités pour réussir à accompagner les situations complexes que nous accueillons. Les comportements individuels et collectifs des jeunes peuvent être ressentis comme tellement brutalisants que l’équipe éducative court sans cesse le risque d’être submergée par des sentiments d’impuissance et de découragement. Elle nous permet de gagner en expertise et contribue à nous rendre inventif·ve·s lorsque nous faisons face à des histoires à l’issue catastrophique. Au fil du temps, une responsabilité thérapeutique s’est ajoutée à notre mission éducative, car les filles et les garçons en difficulté ne se mettent pas en marche vers un projet de vie sous la seule impulsion autoritaire.

Lorsque nous faisons leur connaissance, les jeunes ont le cœur à vif.
Leurs comportements, violents, insolents ou apathiques masquent à maintes reprises un état émotionnel plus insidieux : le découragement. On dit que derrière la colère se cache fréquemment la peur. De même, les comportements des adolescent·e·s en difficulté dissimulent souvent leur abattement.

Natif du Valais et habitant de St-Maurice, j’ai donné plusieurs années de ma vie à la politique communale et cantonale.

Je considérais alors que La Fontanelle était une institution valaisanne pour les Valaisan·ne·s. Or, j’ai réalisé en intégrant le comité de l’association combien son histoire et son identité dépassaient ces frontières. Son fondateur venait de la côte vaudoise, les deux directeurs qui lui ont succédé de Genève, et une membre de la direction de Neuchâtel.

Foyer garçons, Mex.

Les garçons accueillis à La Fontanelle ont globalement bien tiré profit de leur placement en 2020. Une bonne dynamique de groupe s’est installée et dix-sept jeunes ont pu être admis durant l’année. Des comportements d’opposition ont bien sûr dû être gérés, cependant, au fil de leurs expériences, nous avons observé un développement de leur capacité d’autonomie et un changement de leur perception d’eux-mêmes, de leur entourage et de leur problématique.

Foyer des filles, Vérossaz.

Assez stable en début 2020, la situation s’est détériorée dès le mois de mars au foyer de Vérossaz, où les filles ont particulièrement mal vécu les restrictions imposées par la Covid-19. Plusieurs adolescentes ont refusé de rester confinées sur le lieu de placement et ont incité les autres à se rebeller. Frasques et fugues se sont succédé, laissant parfois un noyau restreint de résidentes ébranlées et désécurisées.

Aventure/plus et Programme Oxygène.

L’accompagnement hors murs a dû se réinventer dans un contexte de fermeture des frontières et d’interdiction de se rassembler. À l’évidence, les mesures de confinement ont eu pour effet collatéral d’exacerber les problèmes préexistants dans les familles et un nombre important d’adolescentes et d’adolescents en souffrance ont eu besoin de soutien.

Soutien à la parentalité.

Avoir la sensation d’être dépassé, ne plus savoir comment aborder son enfant qui semble muré dans un silence assourdissant, se sentir impuissant face à ses colères, son opposition sont autant d’émotions qui assaillent de nombreux parents d’adolescent·e·s et peuvent les amener au burn-out parental. Sensible à cette détresse, La Fontanelle propose depuis quelques années déjà un appui aux pères et aux mères des jeunes qu’elle accompagne.