Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit à l’évocation de La Fontanelle ?
Aide ! Les éducateurs m’ont aidé à passer des étapes pas faciles pour moi. La Fontanelle, c’est comme une famille. On te met en confiance, on est là pour toi, on t’écoute, on te conseille, on t’aide à avancer.

De quelle façon ton placement a-t-il influencé le cours de ta vie ?
La Fontanelle m’a vraiment fortement marquée. Ça a tout changé ! C’est un souvenir fort ! J’ai trouvé de l’écoute ! Même si au début, on n’est pas très motivé, on finit par prendre l’aide. Les éducateurs ont toujours été là pour moi. Même aujourd’hui après plusieurs années j’ai du plaisir à garder contact. Je sais qu’ils seront toujours là pour moi. Si j’ai une galère ou un coup dur, je peux les appeler et ils m’écouteront et me donneront des conseils.

Le foyer m’a beaucoup aidé et il a aussi aidé ma maman. Au début, on ne savait vraiment pas communiquer. Grâce aux synthèses, à la distance et à l’aide des éducateurs, on a appris à communiquer.

Qu’aurais-tu changé si tu avais eu une baguette magique ?
Franchement rien… Certaines règles me contrariaient sur le moment… avec du recul, je me rends compte que cela m’a quand même servi !

Te souviens-tu d’une activité qui t’avait particulièrement plu et pourquoi l’aimais-tu ?
J’aimais beaucoup les ateliers créatifs car ils étaient tranquilles. Ils aident à se détendre.
- L’atelier expression : J’ai appris à faire plein de choses comme des attrape-rêve ! J’en ai fait un pour mon garçon.
- L’atelier couture : on pouvait faire des choses pour nous et des choses à vendre.
- Les ateliers cusine et boulangerie : C’est satisfaisant de faire les choses qu’on va manger ensuite. Grâce à ça, aujourd’hui j’ai du plaisir à cuisiner.
- L’atelier marché : j’adorai confectionner les recettes et ensuite aller les vendre.

Y a-t-il une pièce ou un lieu dans le foyer que tu aimais particulièrement et pourquoi ?
J’aimais bien le sauna. On se détendait et on se retrouvait entre filles pour papoter. Quelle chance d’avoir un sauna au foyer.
La salle tv était aussi un endroit que j’aimais bien. Elle est bien aménagée avec tous les poufs. C’est également là qu’on se retrouvait entre filles.

Le foyer n’accueille que des filles. Avec le recul, peux-tu donner un avantage et un inconvénient lié à cette particularité ?
Avantage : Il y aurait trop d’histoires en liens avec les relations amoureuses. On trouverait les gens dans les chambres les uns des autres et il y aurait à coup sûr des relations sexuelles.
Être entre fille c’est mieux. On partage nos soucis, on se conseille, on a plus d’intimité. On est comme chez nous. On a le même corps on est moins gênées entre nous. On se sent plus en sécurité d’être juste entre filles.  

Inconvénient : D’un côté il y aurait moins de petites histoire entre filles, mais plus en lien avec les garçons donc en fait je ne vois pas d’inconvénients !

Raconte un souvenir fort de la période passée au foyer
Touts les moments avec les éducateurs et les liens qu’on a créé ensemble !

Raconte un souvenir marquant que t’a laissé un camp
Le Canada ! C’était un camp difficile. Les conditions météo étaient compliquées. Au lieu de faire du canoë en rivière, on a dû aller sur un lac. Il y avait peu de courant et on a du beaucoup beaucoup pagayé. Il y a eu aussi plusieurs portages. C’était dur physiquement. On dormait peu. J’ai perdu beaucoup de poids. Je suis fière d’être arrivée au bout mais c’était difficile.

Le camp Cheval. J’ai trop peur des chevaux et j’ai du beaucoup prendre sur moi. Le premier jour j’avais tellement peur que je marchais à côté du cheval. Heureusement les adultes m’avaient bien encadrée. J’avais le cheval le plus tranquille. Au final, ça a quand même été !

Quelle était ta relation avec ta famille au moment du placement et comment a-t-elle évolué ?
Au début du placement c’était très compliqué. Mes parents n’en pouvaient plus de moi et la relation était dure. Je vivais chez ma grand-mère car mes parents ne me voulaient plus chez eux. Je n’étais pas bien. Je venais de vivre une rupture amoureuse, j’étais en dépression, j’avais été humiliée, je ne voulais plus vivre. J’ai fait un tentamen mais heureusement que je ne suis pas parvenue à mes fins.

Aujourd’hui avec mon père, c’est encore pire. On ne se parle plus depuis 1 an. J’ai beaucoup souffert de cette distance, mais aujourd’hui je fais avec. Cela ne me touche plus. J’ai décidé d’arrêter de faire des pas vers lui. S’il revient vers moi, une porte reste ouverte, mais il faudra qu’on s’explique. En attendant, je fais sans.

Avec ma maman c’est vraiment beaucoup mieux. Avant on avait de la peine à se comprendre et à communiquer. La Fontanelle nous a beaucoup aidées. Aujourd’hui on se voit, on s’appelle régulièrement, on passe du temps ensemble comme une famille normale. Elle me dit qu’elle m’aime et qu’elle aime mon fils. Aujourd’hui, elle le dit et elle le montre au quotidien.

Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit lorsque tu penses à ta famille ou tes parents ?
Mère : amour, !
Père : oubli, pour le moment (une porte reste ouverte)

Ton placement a-t-il eu une influence sur ce que tu es devenue aujourd’hui
Oui !
Avant, j’étais l’adolescente qui n’écoutait personne, ne pensait qu’à sortir, qui fumait, avait des mauvaises fréquentations, voulait faire la fête. Aujourd’hui, je suis devenue une jeune femme de bientôt 20 ans, posée, avec un mari, un enfant. J’ai vraiment changé ma vie de A à Z. Même le regard que je porte sur la vie, les adultes a évolué.

La seule chose qui manque encore à ma vie est un travail. J’aimerai vraiment pouvoir être active, avoir un revenu, des collègues, un endroit où m’épanouir. J’aimerai trouver un travail dans l’horlogerie. Avec le COVID c’est compliqué. J’en ai parlé à mon assistante sociale mais elle m’encourage à rester à la maison avec mon garçon jusqu’à ce qu’il aille à l’école. Je ne sais pas trop ce que je vais faire. On verra.