Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit à l’évocation de La Fontanelle ?
Un mot c’est : Expérience ! Au début, on ne sait pas trop si ce qui nous attend sera bon ou mauvais. J’ai vraiment beaucoup découvert et appris à la Fontanelle. Pour ma part, l’expérience a été plutôt bonne.

De quelle façon ton placement a-t-il influencé le cours de ta vie ?
Il m’a appris l’indépendance et l’autonomie ! Quand on doit faire la cuisine à midi durant une semaine ou faire sa lessive, on se prépare à vivre par nous-même. Les ateliers m’ont aussi appris à faire des nouvelles choses et travailler avec mes mains. Aujourd’hui, je rénove un chalet avec ma famille et je pense souvent à l’atelier bois et ce que j’y ai appris.

J’ai surtout appris que CHAQUE ACTION A UNE CONSEQUENCE !!

Qu’aurais-tu changé si tu avais eu une baguette magique ?
Les week-ends. Je ne trouvais pas juste qu’on sorte si peu. Dès qu’on faisait quelque chose de pas correcte, on perdait des week-ends. J’étais découragée et je vivais mal le fait de rester à l’interne. Quand je sortais, je profitais à fond et je déconnais. Je savais que j’allais de toute manière faire un faux pas, donc foutu pour foutu je ne me mettais pas trop de limite.

Je trouve aussi que le fait d’avoir mon natel que 30min le jeudi était trop court.

Te souviens-tu d’une activité qui t’avait particulièrement plu et pourquoi l’aimais-tu ?
La poterie avec Thierry. J’aimais partir d’un morceau de terre et faire jouer mon imagination pour créer un personnage ou autre. C’était un moment calme. L’éducateur était à disposition mais pas toujours sur notre dos. Chacun créait de son côté. Il restait par contre à disposition si on avait besoin d’aide.

Les sorties internat du vendredi permettaient de prendre l’air et de voir autre chose que le foyer. J’aimais ces moments qui me faisaient me sentir un peu libre.

Y a-t-il une pièce ou un lieu dans le foyer que tu aimais particulièrement et pourquoi ?
Le petit salon où on enchaînait les parties de Rummikub ou de Jungle Speed. C’étaient des moments sympas, de partage avec les filles. C’est le lieu où on se retrouvaient, pour parler, jouer et rigoler.

Le foyer n’accueille que des filles. Avec le recul, peux-tu donner un avantage et un inconvénient lié à cette particularité ?
Avantage : C’est vraiment mieux sinon ça aurait été le gros cheni. Il y aurait eu des garçons dans les chambres des filles, avec au final peut-être des grossesses. En étant qu’entre filles, on a moins besoin d’être attentives à notre image.
Inconvénient : Se retrouver entre filles tout le temps peut être lourd ! Les filles font toujours des histoires. Un garçon ça a toujours moins de problème que les filles.

Raconte un souvenir fort de la période passée au foyer
Je me rappelle que les éducateurs avaient installé une autre fille dans la même chambre que moi. Au début, on était trop contentes car on voulait être ensemble. Assez vite, la cohabitation est devenue compliquée, on perdait nos affaires. On s’accusait mutuellement ! Au final, c’était une autre fille qui nous les volait. Après environ 3 mois, on a réintégré chacune nos chambres.

Raconte un souvenir marquant que t’a laissé un camp
La Tunisie ! Sans hésiter ! Le premier et le dernier jour. Le premier jour on a été vraiment bien accueillies par les Tunisiens. Le dernier jour on était bronzées, on arrivait au bout de l’expérience et l’ambiance de groupe était bonne. On était solidaires tout au long du camp, monter les tentes, porter les sacs, s’entraider. Le dernier jour c’était génial on a été mangé dans une espère d’auberge qui ressemblait à une grotte. Les Tunisiens appelaient cela l’hôtel 5 étoiles et nous on riait car c’était basique. Il y avait mille plats préparés, on pouvait se servir. C’était vraiment un beau moment.

Quelle était ta relation avec ta famille au moment du placement et comment a-t-elle évolué ?
Au début, j’étais très remontée contre mes parents. Par peur que je fugue et ne m’oppose, ils m’ont caché la vérité. Je pensais aller faire une visite de la Fontanelle, mais en vérité c’était mon admission. Je pensais venir et repartir mais eux savaient que mon placement commençait ce jour-là. A l’époque, c’était moi qui commandais ! J’ai refusé en bloc ! Je me suis sentie trahie. Mon placement n’a débuté que quelque mois plus tard.

Avec ma maman la relation était très très mauvaise. Elle avait des problèmes d’alcool et faisait régulièrement des tentatives de suicide pour manifester son mal-être. En vérité c’était des appels à l’aide. Je lui en voulais car c’est toujours moi qui la retrouvais et devait gérer la situation. Lors d’un pique-nique, elle avait sorti un couteau pour simuler une tentative de suicide. Je l’ai engueulée car les enfants de ma sœur étaient présents. J’étais dure avec elle, mais je n’acceptais pas qu’elle impose cela à d’autres enfants. Ma sœur n’osait pas se positionner comme moi avec autant de fermeté.

Mon papa était beaucoup de mon côté, il ne voulait pas que l’on m’enferme. Ma grande sœur m’a aidé à accepter le placement. Elle m’a encouragé ! Elle me disait « Vas-y Lina, fais ce que l’on te demande et après tu seras libre ! ». Aujourd’hui, ma relation avec ma sœur et mon père est toujours excellente. Ma sœur, mon père, ma mère et moi, habitons tous dans le même immeuble et on peut compter les uns sur les autres.

La relation avec ma mère s’est bien améliorée. Depuis 1 ans, elle a vraiment arrêté toutes ses bêtises. Le fait que je devienne maman nous a rapprochées. J’ai toujours refusé de lui confier mes enfants si je ne la sentait pas bien. Si elle buvait ne serait-ce qu’un verre d’alccol, je ne la laissait pas porter mes enfants. Je sais que ça lui faisait mal, mais je ne voulais pas qu’il arrive un malheur. Je pense que son envie d’être présente pour ses petits-enfants et ma détermination l’ont aidée à s’en sortir. Aujourd’hui, elle va bien et je lui confie mes fils (5 ans et 3 ans) en toute tranquillité. Elle est présente pour moi et on s’entend vraiment mieux.

Elle réalise ce qu’elle m’a fait vivre. Je lui ai pardonné, mais je n’ai pas oublié. Le pardon est vraiment un apaisement. Si on ne pardonne pas, on avance avec un bagage trop lourd.

Aujourd’hui, je réalise le mal que j’ai pu faire à ma famille à l’époque (alcool, revendication, non-respect des règles, fugue). Pour moi j’étais dans le « foutu pour foutu ». Aujourd’hui, je réalise que j’aurai pu réagir plus tôt et prendre les perches tendues. Si je pouvais revenir en arrière, je me reprendrai plus vite mais je suis contente de ma vie actuelle

Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit lorsque tu penses à ta famille ou tes parents ?
Heureuse !

Ton placement a-t-il eu une influence sur ce que tu es devenue aujourd’hui
Oui beaucoup ! Niveau respect, j’ai appris à avoir du respect pour les autres. Au début, je parlais mal aux éducateurs. On ne pouvait rien m’imposer. Aujourd’hui, je réalise que parler bien ne m’aurait rien coûté.

Les règles m’ont aidé. Même si à l’époque je ne voulais rien qu’on impose. Aujourd’hui, je réalise qu’on ne peut pas se comporter comme on veut dans la vie, avec un patron…

J’ai aussi ouvert les yeux sur ma famille. Le fait d’être enfermée et de sentir ma famille derrière moi m’a beaucoup aidé. Au début, je me sentais mise en cage, comme en punition. Aujourd’hui, je réalise que c’était pour mon bien !