Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit à l’évocation de La Fontanelle ? 
C’est bizarre, mais la liberté. Il y a la nature et je me sentais plus en liberté à la Fontanelle qu’à mon retour à Genève.

De quelle façon ton placement a-t-il influencé le cours de ta vie ?
Ca m’a fait prendre de la conscience, j’ai développé de la discipline, appris à prendre soin de soi, à faire les choses « je peux le faire », le dialogue, l’échange, la capacité de cohabiter, la patience

Qu’aurais-tu changé si tu avais eu une baguette magique ?
Je n’aurais rien changé, parce que c’est comme ça et j’accepte les choses comme elles sont

Te souviens-tu d’une activité qui t’avait particulièrement plu et pourquoi l’aimais-tu ?
Quand j’ai participé au projet de Caroline, quand j’étais allée avec elle filmer les différentes personnes. Déjà je sortais du foyer, et j’étais dans une relation particulière avec Caro, je me sentais bien avec elle… J’étais au milieu de la montagne, perdue, je ne savais pas où j’étais, j’étais dans la nature, j’ai pu toucher les bébés vaches, les bébés cochons…

Y a-t-il une pièce ou un lieu dans le foyer que tu aimais particulièrement et pourquoi ?
Le lieu que j’aimais le plus, c’était l’atelier couture parce qu’il y a beaucoup de couleurs, ça illumine la pièce. En plus c’est une pièce bien éclairée, avec beaucoup de soleil

Le foyer n’accueille que des filles. Avec le recul, peux-tu donner un avantage et un inconvénient lié à cette particularité ?
C’est un avantage. Le travail serait différent s’il y avait eu des garçons. Il y aurait eu beaucoup plus de jugements entre les filles, de la jalousie, de la moquerie pour se mettre en avant. J’ai toujours entendu que dans les foyers mixtes, à Genève ou ailleurs, il y a des relations sexuelles qui se passent. C’est possible que j’aurais eu des expériences sexuelles beaucoup trop tôt,
La Fontanelle c’est un travail sur soi, et on ne peut pas faire ce travail quand on pense aux garçons, ça prend beaucoup de place. Il y a un manque de maturité à cet âge-là, ça ferait beaucoup trop d’histoires.
Pour moi, il n’y a pas d’inconvénient à la non-mixité, je me suis bien entendu avec toutes les filles.

Raconte un souvenir fort de la période passée au foyer
C’est quand je devais faire mon projet et je n’arrivais pas à l’avancer. A cette période, vous m’avez renvoyée chez moi pour une mise à pied, j’ai dû rentrer à Genève et j’ai réalisé que je n’étais pas prête, je ne me sentais pas bien avec moi-même, ce n’était pas le moment pour que je sois à Genève.
Et il y a eu un déclic en moi, et je me suis dit « Rose tu es capable de le faire, fais-le, fais-le » Et je me suis plongé dedans (pour mon projet, je devais décrire ma vie en images) et en fait j’ai réalisé que chaque chose vient en son temps, j’avais tendance à me précipiter, mais j’ai compris que je devais laisser aux choses le temps de mûrir pour qu’elle puissent se faire.

Raconte un souvenir marquant que t’a laissé un camp J’en ai plein !
Il y a deux semaines, j’ai expliqué toutes mes histoires de camp à des personnes que je venais de rencontrer…
Je vais choisir le Maroc, ce qui m’a marqué c’était : »Je suis libre, j’ai un but, on doit rejoindre un endroit, on ne doit pas s’arrêter, on fait quelque chose, et en même temps je me sentais comme dans un nuage. Moi je ne vis pas dans le désert normalement, et d’y être c’est comme si j’étais dans une sorte d’autre paradis. J’ai un souvenir particulier, c’était un jour où j’avais mal au ventre, c’était le jour de Nouvel An, j’avais mal au ventre mais je me sentais tellement bien moralement, je m’imaginais voir plein d’étoiles, il y avait un vent tellement doux, le sable, la sensation que j’avais c’était tellement beau.
Et j’avais pas peur… Quand je suis en ville, je peux me sentir en danger. Alors que là il n’y avait rien, il y avait le désert, et je me sentais en sécurité, c’était trop beau.

Quelle était ta relation avec ta famille au moment du placement et comment a-t-elle évolué ?
Ca n’a pas trop changé en fait, moi j’ai grandi et oui ça a changé parce que j’ai grandi et j’ai réalisé que des personnes ne vont pas changer. Moi je peux changer. Je ne changerai pas la personne, mais je peux l’aimer. Ma vie, c’est un choix. SI je choisis que cette personne peut me faire mal, ça va me faire mal. Et aimer, c’est pardonner aussi. Il faut pardonner aussi, le pardon c’est important pour réussir à aimer en fait.

Quelle image ou quel mot te vient à l’esprit lorsque tu penses à ta famille ou tes parents ? 
C’est la famille, c’est là, et que la famille est une relation qui est là depuis mon enfance, ce sera toujours là. Et accepter qui ils sont car si on n’accepte pas qui ils sont ça prend beaucoup trop de place.

Ton placement a-t-il eu une influence sur ce que tu es devenue aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. Je pense que c’était mon chemin pour moi mais que en vrai la Fontanelle ça m’a aidée à être plus moi-même, à moins jouer des rôles avec les gens pour être acceptée. Je me sentais bien à la Fontanelle et je n’avais plus peur de louper des trucs sur les réseaux sociaux, de ne plus appartenir à tel ou tel groupe… J’ai développé de la sécurité intérieure.